‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 60 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

fermes, outre la conviction intérieure de voir tant de vertueux ecclésiastiques et de savants théologiens demeurer unis au milieu de la persécution.

« Mais je vois que l'ombre seule de la paix a fait ce que la plus cruelle ^guerre] n'avait point fait jusqu'ici, et qu'il faut ou embrasser sans choix et sans délibération les moyens les plus douteux que Ton nous présente, ou faire éclater noire division, ou passer publiquement pour ennemis de la paix et de la tranquillité de l'Église.

« C'est certes avec beaucoup de raison que vous vous plaignez d'une précipitation si dangereuse et d'un procédé si chaud. Il faudrait avoir le temps de consulter par la prière celui qui est appelé par l'Ecriture l'Ange du grand conseil. Et quoique je vienne de me présenter à lui pour ce sujet, et que je vous écrive immédiatement au sortir de l'autel, je voudrais avoir le temps de m'adresser à lui plus d'une fois avant que de vous répondre.

« J'ai déjà mandé à M. d'Andilly que dans cette extrémité si pressante l'amour de la paix et du bien public est un grand sujet de tentation, qui nous trouble le jugement et nous empêche de voir la vérité en elle-même dans toute sa pureté. Les saints qui ont fait des fautes, comme saint Thomas de Cantorbéry et saint Martin, et qui en ont été repris l'un par un prêtre et l'autre par un ange, ne seraient pas tombés dans ces excès de condescendance s'ils n'eussent été pressés par des personnes qui les engageaient insensiblement, et éblouis eux-mêmes par la douceur apparente de la paix.

« Je souhaite de tout mon cœur que la même chose n'arrive pas à votre égard; que Dieu vous éclaire, qu'il vous communique tout à la fois sa douceur et sa force; qu'il vous fasse discerner les biens solides d'avec les illusions ; qu'il vous inspire autant de vigueur qu'il en faut avoir pour ne pas trahir la vérité, et autant de condescendance qu'il en demande pour ne pas s'opposer à la paix. C'est ma disposition présente et générale à votre égard. Mais pour le détail de cette affaire, je vous mandai hier ce que l'on en croit ici. Notre prélat n'improuve pas ce projet. M. Tristan l'approuve positivement. M. le sous-chantre voudrait que Ton mît : Salva quœstioné facti, et je le voudrais bien aussi, mais on n'en délibère point. M, Haslé trouve ce moyen

périlleux, et ne croit pas qu'il puisse donner la paix, qudi qu'il n'y remarque rien qui nous rende prévaricateurs de . la vérité. Il tremble, et je tremble aussi. Car on va plus loin que nous n'avions été par notre déclaration au chapitre, quoiqu'on la trouvât un peu trop expresse en ce temps-là; et ce silence même me fait peine, n'étant nullement réciproque. Ainsi tout ce que je puis faire est de prier Dieu qu'il vous inspire, ne voyant pas assez de raison pour m'opposera mon propre évêque sur des termes qui peuvent être mal expliqués dans ce projet.

« Je sais bien que votre fermeté n'est pas semblable à rinflexibilité des stoïques, et que vous ne vous estimeriez pas bien loué si l'on disait de vous:

Et cuncta tertarum subacta, Prseter atrocem animum Catonis.

« Mais si votre conscience résiste à ce moyen parce que . vous êtes persuadé que ces paroles marquent une créance intérieure, n*y entrez jamais, et ne trahissez ni la vérité ni la sincérité. Si au contraire vous croyez que la vérité soit à couvert par une telle déclaration, et qu'il n'y ait que l'apparence de l'abaissement qui vous choque, souvenez-vous de ce que disait saint Grégoire de Nazianze dans une pareille rencontre : an^x^P'^t^^V'^"* ^° jxtxpov, iva to [aêi^ov àvTi>.aii.6avwjAev TY]v o[/.6voiav. Vous voyez que je suppose toujours que cet acte puisse subsister par lui-même, vous ayant déjà mandé mes peines sur les contre-lettres, parce que je n'en ai jamais lu aucun exemple dans une affaire de cette nature et qui regarde la religion; et je doute que l'on puisse dire sur ce sujet ce que saint Augustin disait dans une autre rencontre : Multas nos cogunt adhibere medicinas multorum expérimenta morborum.Nos amis jugent ici que les adversaires doivent consentir à la déclaration que l'on vous offrait; autrement, disent-ils, ils crieront que l'on a trahi la bonne foi, et cette précaution seule est capable de nous rendre suspects, ce que vous aurez peine de détruire, parce que cet écrit vous aura condamné au silence.

« Je vous avoue que tout ceci m'afflige plus que je ne saurais vous l'exprimer, et cette paix qui sera peut-être imaginaire cause un grand trouble dans mon esprit. On ne nous dit rien en particulier. Nous ne voyons aucune espé-

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