‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 67 sur 455 · LIVRE XXXt · texte numérisé non relu

LIVRE XXXt

qu'on ne lepuisse justifier par aucune voie légitime. Or il est certain que c'en est une quede montrer en cette rencontre que Jansénius est conforme à saint Augustin, puisque l'Assemblée même a reconnu qu*il ne pouvait être condamné qu'en supposant qu'il a mal entendu saint Augustin. Ainsi cet argument affirmatif : « Le véritable sens de Jansénius est conforme aux Thomistes; donc ce n*est pas ce que le pape a condamné dans les cinq propositions, » conclut fort bien. Mais cet argument négatif : « On ne saurait prouver positivement que le sens de Jansénius soit conforme aux Thomistes ; donc c'est ce qui a été condamné par le pape, » n*est ni concluant ni décisif.

« Tout cela est d*autant plus vrai que le dessein de Jansénius n'a pas été directement de se rendre conforme aux Thomistes, mais seulement de rapporter fidèlement la doctrine qu'il a crue être de saint Augustin, et de se servir de ses expressions, et non de celles des Thomistes, dans tous les termes et toutes les expressions. De sorte que c'est une prétention fort injuste que de vouloir qu'il leur soit conforme dans tous les termes et toutes les expressions, et ne pas se contenter qu'il le leur soit dans le sens et dans la substance de la doctrine, puisque saint Augustin, qu'il a suivi et qu'il a dû suivre suivant le dessein de son livre, n*est point conforme aux Thomistes dans toutes leurs expressions, étant certain par exemple que saint Augustin n'a pas donné au nom de suffisant la notion que lui donnent les Thomistes, quoiqu'il n'ait' pas rejeté ce qu'ils entendent par ce mot.

« Voici donc ce que l'on prétend touchant cette conformité de la doctrine de Jansénius avec les Thomistes sur la matière des cinq propositions :

« I. Que dans tous les passages où il semble que Jansénius ne parle pas comme les Thomistes, il a parlé comme saint Augustin, et qu'ainsi par toutes les voies par lesquelles on peut accorder les expressions de saint Augustin avec la doctrine des Thomistes, on doit accorder celle de Jansénius.

« II. Qu'on est d'autant plus obligé de le faire que Jansénius a fait lui-même le dictionnaire des principaux mots dont il se sert et qui paraissent différents de ceux des Tho-

i. Ms. : qu'ils n'aient.

mistes, en marquant expressément le sens dans lequel il les prenait, et excluant expressément celui qui serait contraire à leur sentiment, ce qu'on ne peut pas dire de saint Augustin.

« III. Que toutes les raisons par lesquelles on peut prouver que les dogmes théologiques des Thomistes sur les cinq propositions sont conformes à saint Augustin ont encore plus de force pour montrer qu'ils sont conformes à Jausénius.

« IV. Que dans la plupart des choses dans lesquelles on fait consister l'erreur de Jansénius, sa doctrine n*est pas seulement conforme à celle des Thomistes par conséquence, ce qui suffirait pour sa justification, mais qu'elle y est aussi conforme par une approbation formelle et expresse qu*il a faite de leur doctrine sur ces points.

« V.Que la plupart des expressions générales et indéfinies par lesquelles on voudrait faire voir qu'il est contraire aux Thomistes sont restreintes par Jansénius en d'autres lieux par des limitations qui font voir qu'il y est conforme, au lieu que ces mêmes expressions ne sont pas restreintes dans saint Augustin, quoique ces limitations ne soient pas contraires à sa doctrine.

« Voilà les principes de justice et d*équité sur lesquels on croit que devrait être fondé cet examen de Jansénius, si les raisons qu'on a représentées dans ce mémoire ne faisaient voir clairement qu'il n*est ni nécessaire ùi utile de s'y engager, et que comme on ne le peut faire sans blesser en quelque façon le respect qui est dû au pape et aux évéques, il est aussi très facile de conclure cet accommodement sans y entrer, pourvu qu'on ne recherche que la gloire de Dieu et la paix de l'Église. »

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