‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 70 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

persuadés intérieurement de ce que le pape Alexandre VII a décidé du fait de Jansénius, et que n'en étant pas persuadés intérieurement, nous croirions manquer à la sincérité chrétienne, si nous reconnaissions par une signature ou par quelque autre acte que nous tenons ce fait pour véritable.

M. de Paris dit que la disposition que nous témoignions était tout à fait légitime; qu'étant éclairés dans les matières de la grâce, qu'ayant lu exactement Jansénius, et entendant la langue en laquelle cet auteur écrit, si nous étions persuadés par notre étude que les propositions ne sont pas dans Jansénius, on n'avait pas droit d'exiger de nous que nous le crussions ni que nous témoignassions extérieurement que nous le crussions; qu'il suffisait que nous respectassions la définition du pape en ne publiant pas le coqtraire, et que nous gardassions la paix avec ceux qui sont d'un autre sentiment.

Nous répondîmes que nous étions absolument dans cette disposition.

iM. de Paris ajouta qu'on avait voulu faire croire que les prélats avaient prétendu que le fait de Jansénius était un point de foi; mais que cela n'était point : qu'un fait non révélé pouvait être certain, mais qu'il ne pouvait l'être d'une certitude divine.

M. de Laon dit que les intentions de la dernière Assemblée du clergé avaient été très légitimes, mais qu'il s'était glissé quelques termes dans les articles qui avaient donné lieu de croire que l'Assemblée avait considéré ce fait comme appartenant à la foi.

On dit que c'était le 3» article, ce que M. de Laon avoua. On ajouta qu'il était notoire qu'on avait soutenu publiquement dans Paris que ce fait appartenait à la foi. M. de Paris répondit que cela était vrai; mais que celui qui avait proposé cette thèse n'était pas théologien; qu'il ignorait les premiers principes de la religion, et qu'on n'y devait avoir aucun égard.

Après ce discours, les prélats se levèrent et nous témoignèrent être contents de notre disposition. M. de Laon dit que jusques à maintenant on nous avait inquiétés sur le fait, non pas parce qu'on prétendît que nous fussions obligés à le croire, mais parce qu'on avait pensé que nousrefu-

sions de désavouer le fait par opiniâtreté, et pour nous conserver la liberté de soutenir la doctrine condamnée; mais que ce soupçon n'avait plus de lieu,puisque nous avions expliqué nos sentiments sur le droit dans nos conférences. M. de Paris nous demanda encore une fois si devant Dieu et en notre conscience nous étions persuadés que Jansénius n'avait pas enseigné les propositions condamnées.

Nous répondîmes que devant Dieu et en notre conscience nous étions persuadés que Jansénius n'avait enseigné ni les propositions, ni les sens hérétiques qu'elles renferment. M. de Paris dit que c'était à nous à déclarer notre persuation intérieure et à dire ce qui se passait dans notre conscience; qu'au reste, étant dans la disposition où nous témoignions d'être, on n'avait pas droit de gêner notre conscience et de nous faire avouer ce que nous ne croyions pas.

Ces prélats nousjdirent de nous retirer, ce que nous fîmes en descendant dans la chambre où on nous avait mis d'abord. Nous demeurâmes environ une heure dans cette chambre sans savoir ce qui se passait entre ces prélats, tenant pourtant l'affaire sûre après ce que M. de Paris nous avait luimême déclaré de sa propre bouche.

M. de Gomminges vint ensuite nous trouver, et, s'étant assis au milieu de nous, nous dit que l'affaire avait été faite en une demi- heure, et que M. de Paris avait passé lesubmittentes sans y trouver aucune difficulté ; mais que le P. Annat ayant eu communication de la chose, il avait emporté M. de Paris, et l'avait engagé à exiger que nous dissions : submittimus nos, etc. M. de Gomminges nous demanda si nous pouvions nous y résoudre et nous exhorta de le faire.

Nous répondîmes que nous ne le pouvions pas; que ces expressions avaient un sens tout à fait différent, et que celle qu'il nous proposait engageait clairement à la créance du fait.

M. de Gomminges dit qu'au moins nous ne pourrions pas nous dispenser de dire nos raisons en présence des prélats, et qu'il nous conseillait de ne pas refuser tout à fait la chose, mais de demander du temps pour le communiquer à nos amis.

Nous répondîmes que notre raison était que l'expression

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