‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 76 sur 455 · LIVRE XXXÏ · texte numérisé non relu

LIVRE XXXÏ

paroles de saint Paul souvent dans la pensée. Que vous deviez craindre d'avoir travaillé en vain, et que vous pourriez vous rendre tout à fait inutile devant Dieu si vous faisiez une démarche indigne de la pureté et de la simplicité avec laquelle il veut que l'on traite les vérités saintes de son Eglise : Sedpropter suhintroductos falsos ficaires, qui suh~ introierunt explorare liberlatem nostram, quam habemus in Christo Jesu, ut nos in servitutem rédiger ent^ quitus neque ad horam cessimus subjectione^ ut veritas Evangelii permâneat apud vos.

« Ces personnes ne cherchent que des occasions de faire des trophées aux erreurs qu'ils défendent et qu'ils n'osaient presque faire paraître il y a soixante ans. Ils ne désirent presque rien autre chose par tout ce qu'ils font que de trouver des ténèbres pour y engager la vérité, et lui ôtcr avec le temps tous les moyens qu'elle peut avoir pour se défendre soi-même. Dieu vous gardera, s'il lui plaît, de leur avouer qu'il y a des erreurs [là] où l'Église leur a soutenu par votre ministère avec tant d'éclat qu'il n'y en a point. Ne serions-nous point des menteurs, si n'y en reconnaissant point et où personne n'en montre point, nous allions reconnaître qu'il yen a?

«Je vous avoue que j'ai de la peine à supporter que l'on dise qu'il est permis de parler en cette rencontre contre sa propre conscience, et que je ne puis m'éloigner de la pensée que j'ai que c'est une erreur que de dire que non seulement ceux qui sont persuadés qu'une chose n'est point peuvent légitimement signer par obéissance ou par respect qu'ils la croient de cœur et qu'ils la confessent de bouche; mais que ceux là-mêmes qui n'ont point de connaissance des choses peuvent sans péché faire cette déclaration et cette signature. Y a t-il quelque puissance dans le monde qui puisse obliger les plus simples de tous les hommes à rendre un faux témoignage, à condamner ce qu'ils ne savent point, et à croire de cœur et à confesser de bouche ce qu'ils ne savent point et ce qu'ils sont incapables de connaître? Si Dieu nous oblige à croire avec l'aveuglement de la foi ce qu'il nous dit par sa parole; y a t-il des hommes qui aient assez de puissance pour nous obliger, je ne dis pas à croire, mais à témoigner et à condamner des choses qui ne sont pas de foi, sans que nous en soyons pleinement Infor-

mes? Qu'au moins Ton ne nous dise point que nous devons en conscience, ou que nous pouvons légitimement rendre de pareils témoignages, quelque puissance humaine que ce soit qui nous l'exige, quand nous les croyons faux, et de très périlleuse conséquence pour établir l'erreur qu'ils ont, blesser la vérité, et lui ôter un livre qui se fait pour sa défense en produisant les pensées et les paroles du plus élevé des Pères de l'Église.

« L'on a des adversaires qui ne manqueraient de prendre tous les avantages possibles de toutes les moindres choses que Ton ferait si Ton s'éloignait tant soit peu de ce que l'on doit, et l'on éprouverait trop tard que sur le prétexte de quelque confiance que l'on aurait eue que la vérité se pourrait éclaircir plus facilement avec le temps et en d'autres conjonctures, l'on lui aurait ôté de sa lumière et de sa vigueur, et qu'on n'aurait qu'à se repentir inutilement de lui avoir été trop peu fidèle.

« Il faut, monsieur, que je vous dise encore et que vous agréyez {sic) ma liberté, puisque je me suis emporté à vous écrire une si longue lettre, quelque importune qu'elle vous puisse être. Je trouve la cause de M. d'Ypres dans le temps où nous sommes sans comparaison plus engagée dans la cause de la grâce de Notre Seigneur, que n'était celle de saint Athanase dans la cause de la divinité de Notre Seigneur. Les Ariens ne prétendaient que de condamner la personne de saint Athanase par quelques faux crimes pour en tirer indignement des avantages contre ce que ce grand saint avait fait si courageusement contre leur erreur. Les fidèles n'ont jamais néanmoins pu souffrir tout ce qui s'est fait dans tant de conciles contre ce saint personnage. Il ne s'agit pas ni de la bonne ou mauvaise vie de M. d'Ypres, mais de son Hvre, où la doctrine de la grâce est expliquée. N'est-il point clair que si l'on reconnaît que ce livre ait des hérésies telles que sont celles que nous condamnons, la doctrine véritable de la grâce selon saint Augustin, que nous savons être dans ce livre, comme vous l'avez tant de fois écrit, reçoit une atteinte irréparable, et que ceux qui ont soutenu que ce livre ne contient pas ces hérésies, pouvant empêcher ce mal par leur fermeté, en sont la cause s'ils Tabandonnent.

« Dieu soit béni de ce qu'il vous donne la fermeté avec

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