‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 92 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

formules ou qu'il ne pourrait subsister. Nous en conférâmes avec M. Guillebert, à qui je montrai votre lettre, et avec son conseil nous résolûmes : 1° que nos articles seraient insérés ; 2° qu'il n'y aurait rien de changé ni d'ajouté à la soumission pour éviter la queue de la rétractation; 3® que M. de Paris nous dirait de vive voix qu'il ne prétendait pas nous engager à la créance du fait, et qu'il ne donnait pas ce sens ksubjicimus; 4° que M. de Comminges nous donnerait une déclaration antérieure, mais qui ne serait [pas] vue et qui lui serait rendue lorsqu'on aurait sa lettre et sarelation, et qu'elle serait publiée ; S'» que cette lettre et relation serait publiée trois jours après, et que même nous lui en donnerions le modèle, et qu'il nous la communiquerait lorsqu'il l'aurait faite et avant que de l'envoyer, et qu'en l'envoyant il en laisserait une copie entre nos mains.

« M. Girard partit avec une grande résolution de tenir ferme là-dessus, et ill'exécuta très fortement.

«Dans cette résolution nous allâmes trouver M. de Comminges à l'hôtel de Liancourl. M. de Liancourt, M. Le Nain et le P. Baron étaient présents, et à peine eûmes-nous commencé que M. de Comminges dit que M. de Paris lui avait dit qu'il faudrait envoyer cette soumission au pape pour l'agréer. M. Girard dit aussitôt qu'il voyait bien par cette proposition que c'était rendre la chose impossible, parce que M. de Comminges supposait que jusqu'à ce qu'on eût reçu réponse du pape, il faudrait tenir Texplication qu'il aurait donnée secrète, et ne la montrer à personne, parce qu'autrement elle empêcherait que le pape n'agréât la soumission, et qu'ainsi ce serait un empêchement à la paix qu'on voulait procurer. Aussitôt M. de Comminges se mit fort en colère. Nous lui dîmes que nous avions entendu et proposé tout autrement la chose, et qu'on n'y avait délibéré qu'en supposant que l'explication serait aussitôt vue que l'acte. Que nous avions assez jugé qu'aussitôt que l'on verrait cette explication la paix serait troublée, mais que nous cherchions à faire la chose sûrement pour la vérité et notre conscience, et que nous en remettions l'événement à Dieu, et que la paix, si elle était troublée, la serait par ceux qui veulent qu'il n'y ait que des marques de créance, et qu'il n'y en ait aucune qui marque qu'on ne s'y est point engagé. Nous ajoutâmes que ce serait une illusion faite au pape que

de lui porter une soumission, et de publier lorsqu'il Taurait agréée un acte qu'il prendrait pour contraire à cette soumission. Que le pape serait peut-être six mois à répondre. Que cependant l'acte de soumission ne pourrait être ignoré et serait vu, et qu'on ne verrait pas Texplication. Que c'était même apporter une impossibilité à la publication de cette explication, parce qu'on dirait toujours qu'il n'est pas de la prudence de la montrer à cause qu'elle troublerait la paix.

« M. Girard parla presque toujours, et même il toucha quelque chose du pape, et du peu de respect que méritait sa constitution, ce qui choqua fort M. de Liancourt et M. Le Nain, et que M. de Comminges trouva aussi bien mauvais. « Cela dura plus de deux heures. M. de Comminges soutint qu'il n'avait pas proposé l'affaire autrement; qu'il avait [dit] qu'il nous mettrait ès-mains son explication et qu'il nous en laisserait les maîtres ; mais qu'il faudrait voir par prudence quand il serait à propos de la montrer, pour ne pas troubler la paix. Nous lui dîmes que nous la considérions comme nécessaire pour sauver notre conscience et la vérité, et qu'ainsi, sans nous arrêter à ce qui en arriverait, nous croyions qu'elle devait être vue aussitôt qu'on verrait notre signature. Il m'est venu encore en pensée depuis que le pape, prenant cette soumission pour un aveu de la condamnation du sens de Jansénius, pourrait faire un bref de cette sorte : Gratulamur quod hi theologi ab errore suo resipiscunt, quodque Constitutioni nosirœ se sincère suhjicienies tandem post tam longam contumaciam quinque propositionum darnnationi a prœdecessore nostro et a nobis in sensu Jansenii latse assensum prœbenty ou acquiescunt, ou quelque autre chose semblable, et si cela est, comment pourrait-on dire que ce n'est pas là ce qu'on a entendu, et avec quel front pourrait-on produire une explication toute contraire que M. de Comminges nous aurait donnée? On a proposé depuis cet inconvénient à M. de Comminges, qui a dit qu'on y pourvoirait en envoyant ici au pape* un bref comme on le désire et comme on le juge nécessaire pour la paix.

« J'ai répondu qu'on n'était nullement maître de ce bref. Enfin jamais M. de Comminges ne s'est retiré si offensé et

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