‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 97 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

écrite à M. de La Lane, et dont vous avez bien voulu m'envoyer une copie. M. Haslé est le seul à qui je l'ai lue d'un bout à l'autre^ et qui l'a approuvée dans toute son étendue, louant Dieu de la vigueur qu'il vous inspire pour vous éloigner de toutes ces voies basses et suspectes qui ne tendent qu'à nous affaiblir, et qui ne peuvent être justifiées par aucun exemple de l'antiquité.

« Je n'ai pu faire voir à M. de Beauvais qu'un article ou deux de cette grande lettre. Mais il m'a confirmé tout de nouveau le 5^ , où il est parlé de lui. Nous n'avons pu parler amplement du subjicimus, faute de loisir : et même je vas le prendre présentement pour entendre avec lui un sermon.

« Quoique je n'aie pas eu le temps de lui lire l'article 7° , il y est entré de lui-même, et demande toujours positivement ce que Ton fera si nous accordons ce que l'on demande, et quelle assurance on peut avoir pour le rétablissement de toutes choses. Car sans cela il est étrange que l'on presse si fort le monde de laisser jusqu'aux dernières extrémités.

« Pour moi, je vous avoue que tout ceci me passe, et qu'ayant une assez médiocre connaissance de la discipline de rÉglise, et une extrême aversion pour tous les accommodements de la politique et de la prudence de la chair, je suis si éloigné d'approuver le silence de M. Le Nain, que je ne sais même si je pourrais approuver une indemnité de cette nature que l'on ne prometrait que par un acte séparé, n'ayant jamais vu jusqu'ici de contre-lettres en matière de foi et de religion, ainsi que j'ai mandé et à vous en particulier, et plus d'une fois à M. d'Andilly.

« Cela m'afffige plus que je ne vous puis exprimer, parce qu'ayant plus d'intérêt à la paix que personne par l'état d'humiliation où la guerre nous a réduits, je ne voudrais ni la rompre par une délicatesse sans fondement, ni l'acheter aux dépens delà vérité et de ma propre conscience. De sorte que ceux qui nous tentent en cette manière s'exposent aussi à une grande tentation, puisqu'ils peuvent former en eux-mêmes un jugement assez téméraire s'ils nous croient capables d'aimer la division et le désordre, et qu'ils auraient peut-être plus de raison de conclure que si nous paraissons ne point assez ménager la paix, c'est parce qu'elle nous est offerte à des conditions qui blessent la conscience.

« Nous nous attendons à votre fermeté, qui nous sauvera

tous en vous sauvant, parce que d'une part je juge de votre cœur par le mien, et que de l'autre je préfère vos lumières à celles d'un très grand nombre de vos amis.

« On me presse de finir. Je souhaite que Dieu vous affermisse de plus en plus dans la défense de sa cause, et que vous ne fassiez jamais rien qui soit indigne de sa vérité, qui est la chose du monde la plus forte, la plus invincible et la plus indivisible. »

M. Arnauld reçut fort agréablement cette lettre et y fit cette réponse à Tinstant même dès le 20 ;

« Je viens de recevoir votre réponse qui m*a tout à fait consolé...* »

M. Hermant n'avait pas besoin de cet avis pour rendre cet office' à M. Arnauld, ou plutôt à la vérité et à la justice en sa personne.

Car M. d'Andilly lui en avait écrit à Uui-méme d'une manière si forte, en rejetant toute la rupture de la paix sur la seule inflexibilité de son cadet, qu'il ne pouvait s'empêcher de lui répondre selon les véritables sentiments de sa conscience. Mais cela ne servit de rien, et la prévention de M. d'Andilly l'empêcha d'écouter ceux qui lui parlaient pour la justification de son frère. Ce furent là les premiers fruits de cette paix chimérique, dont le seul nom avait ou ébloui ou irrité tant de différentes personnes.

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