CHAPITRE XV
M. Manessier, docteur de Sorbonne, est appelé par l'Université de Caen pour y enseigner la théologie. Diverses intrigues des Jésuites contre lui. Enfin ils l'en font exclure par une lettre de cachet.
Il faut revenir en France encore une fois avant que de voir la décision de la grande affaire qui se traitait au delà
1. Ces quatorze chapitres sont au ms., tome I«f, p. 683 à 793.
2. Note du copiste, qui a jugé inutile de transcrire d'après le ms. 110 pages de citations textuelles du Journal imprimé de Saint-Amour. Hermant donne d'une manière très irrégulière les sommaires de ces chapitres de Saint-Amour ; il n'est pas possible de reproduire les détails tout personnels de ces différents sommaires. Voici le premier, à titre d'indication : Nouvelles poursuiles faites au commencement de Vannée 1653 pour la communication de nos écritures. Entretiens sur ce sujet avec diverses personnes, particulièrement avec M. Le cardinal Spada et avec M, l'ambassadeur.
— Voici de même le sommaire du chapitre XIV : Visite que je fis à M. V ambassadeur touchant ces congrégations. Assurance qu'il me donna que nous serions entendus solennellement et tant que nous voudrions. Propositions nouvelles qui se donnèrent à la congrégation comme équivalentes à celles qu'on examinait, la plupart conçues en termes encore plus odieux. Le jugement que M. de Sainte-Beuve en fit dès qu'il les eut vues. Quatre congrégations qui se tiennent en huit jours devant le pape pour les finir avant Pâques.
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5i MEMOIRES DE GODEFROI HERMANT
des monts, et il est à propos de raconter ce qui se passait en Tune des villes des plus considérables de Normandie, où un docteur de Sorbonne reconnut par sa propre expérience que les Jésuites intéressaient la cour dans les matières qui concernaient la doctrine dans toutes les provinces du royaume.
La chaire royale de théologie en l'Université de Caen étant vacante par la mort de M. Dupré, qui avait poussé si vigoureusement ces Pères par ses harangues, plusieurs personnes de condition et de mérite de la même ville et du corps de TUniversité de Caen écrivirent à quelques-uns dé leurs amis à Paris, pour obtenir par leur moyen que cette chaire fût remplie par quelque savant et pieux théologien de cette fameuse Université de la capitale du royaume, et qui est la mère de toutes les autres. Ceux à qui ils s'étaient adressés jetèrent les yeux sur M. Manessier % licencié en théologie de la maison et société de Sorbonne, natif d'Abbeville, d'une des plus honnêtes et des plus anciennes familles de la ville. Mais comme sa modestie l'avait toujours fort éloigné de rechercher une fonction publique et ecclésiastique, il s'en excusa, [ne pouvant] se résoudre à poursuivre par la voie du concours et de la dispute une charge toute divine que les plus habiles et les plus sages devraient redouter, quand même elle leur serait offerte sans cette condition.
Ce désintéressement fit concevoir une opinion encore plus avantageuse de son mérite à ces personnes affectionnées au bien public, et pour procurer l'avantage de l'Université de Caen, elles crurent devoir éloigner l'obstacle qui s'opposait à leur dessein. Pour cet effet, les docteurs de la Faculté de théologie s'étant assemblés avec les échevins de la ville, après que les uns et les autres eurent été amplement informés du mérite de M. Manessier (ce sont les termes de l'acte de leur délibération), tous demeurèrent d'accord qu'il était avantageux tant à la ville qu'à l'Université de Caen d'évoquer M. Manessier, etrésolurent qu'il serait postulé, tant par Messieurs les échevins que parla Faculté, pour être pourvu de la chaire vacante, sans qu'il fût obligé à s'engager à
1. Nicolas Mane8sier,docteur de Sorbonne en 1652, fut exclu en 1656, pour n'avoir pas voulu souscrire à la condamnation d'Arnauld. 11 mourut en 1694.