‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 2 sur 510 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

aucune dispute, et qu'il en serait communiqué à M. le duc de LonguevilleS pour après en être fait un arrêté en la maison de ville, qu'on ferait signer par Son Altesse comme étant maire et bailly de Caen. La proposition en ayant été faite à ce prince, le 22 de décembre 1651, il y donnâtes mains et témoigna ouvertement qu'il serait bien aise de donner à la province un homme de mérite. Le lendemain l'acte de postulation fut dressé, et le jour suivant il fut présenté par le greffier de la ville à M. le duc de Longueville. 11 était prêt de {sic)\e signer lorsqu'un des échevins, dont le discours était inspiré par le souffle des Jésuites, dit qu'il était à craindre que M. Manessier n'enseignât quelques opinions nouvelles qui pourraient causer de la division dans les esprits. Mais le sentiment de cet échevin n'étant point suivi des autres qui persistaient dans l'arrêté qui avait été fait, M. de Longueville trouva bon de souscrire la chose.

Cependant les docteurs et professeurs de la Faculté de théologie, voyant leur dessein traversé par l'intrigue de quelques particuliers qui n'étaient animés que du seul esprit d'envie et n'avaient nulle affection pour le bien public, ils ne jugèrent point à propos de traiter davantage avec les échevins d'une chose dont la connaissance appartenait à la Faculté de théologie. C'est pourquoi, ayant obtenu par les soins et la diligence de M. Jacques, curé de Saint-Pierre de Caen, un arrêt du Parlement de Rouen, donné le 18 janvier 1652, qui adjuge à M. Nicolas Manessier, docteur de Sorbonne, la chaire royale de théologie, vacante par le décès de M. Jacques Dupré, et s'étant assemblés dans les écoles publiques selon la coutume en présence de M. le recteur de l'Université, après avoir fait la lecture de cet arrêt, ils ordonnèrent tout d'une voix que le dit sieur Manessier, dont ils connaissaient pleinement l'érudition et les bonnes mœurs, serait appelé au nom de la Faculté de théologie pour remplir la chaire vacante, le dispensant de l'examen et de la dispute qu'on a accoutumé de subir pour entrer dans cette fonction, et que ce décret formé le 16 février suivant serait exécuté à la diligence du syndic.

Ce décret de la Faculté de théologie de Caen ayant été

1. Henri d'Orléans, duc de Longueville (1595 -1663), époux de Anne Geneviève de Bourbon et beau-frère des princes de Gondé et de Conti. il était gouverneur de la Picardie et de la Normandie.

envoyé par M. le syndic à M. Manessier, il accepta l'emploi que les docteurs de la même Faculté lai faisaient l'honneur de lui offrir et pour lequel il avait eu de l'éloignement jusqu'alors; il leur répondit avec beaucoup de modestie qu'encore qu'il ne reconnût point en sa personne les qualités que saint Paul demande à un docteur, il déférerait à leur jugement sans s'excuser sur son indignité et sur sa faiblesse.

iMais pendant qu'il se disposait à Texécution d'un dessein auquel il n'avait contribué que par sa seule obéissance, M. Le Guerchois', avocat général du Parlement de Rouen, écrivant à M. Le Petit*, procureur de la nation de Normandie dans l'Université de Paris, lui donna avis qu'il y avait des personnes qui traversaient ce bon dessein. En effet il se trouva des religieux qui s'opposèrent à l'exécution de l'arrêt donné en sa faveur, ne fondant leur opposition que sur cette seule raison que cette chaire vacante devait se donner en la manière accoutumée, après qu'on aurait ouvert la carrière d'une dispute publique dont les docteurs en théologie seraient les juges. M. Manessier, qui ne voulait disputer avec personne du mérite requis pour un ministère ecclésiastique et divin qu'un sage théologien ne doit entreprendre qu'avec beaucoup d'humilité et de modestie, s'y voyant légitimement appelé, ne se mêla point dans cette contestation ; mais la Faculté de théologie, qui voulait maintenir le décret qu'elle avait fait en conséquence de l'arrêt du Parlement qui lui permettait de mettre ce docteur en possession de la chaire vacante de théologie, défendit son droit contre les opposants. La cause ayant été plaidée dans le Parlement de Normandie, les Jésuites et les religieux intéressés firent si bien par leurs intrigues que les avis furent partagés. Et quoique M. Le Guerchois, avocat général, eût parlé fortement et conclu en faveur de la Faculté, les opposants ne laissèrent pas de l'emporter d'une voix, de sorte qu'il fut ordonné par un nouvel arrêt contradictoire

1. Oa verra à la fin de ce chapitre même que M. Le Guerchois mourut au cours de ces démêlés, eu 1652. La soeur de Daguesseau, « grande janséniste » morte eu 1743, avait épousé un Le Guerchois.

2. Peut être Antoine Le Petit (1616-1676) prêtre de Caen, ami de Huet, et partisan déclaré de P. R.

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