‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 101 sur 510 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Silence et modération des disciples de saint Augustin depuis la constitution du pape.

Le silence et la modération que les disciples de saint Augustin gardèrent depuis que la constitution du pape fut arrivée reçut une approbation générale parmi ceux qui avaient de la raison et de l'équité, et même entre les partisans de Molina. On attendait d'eux qu'ils se plaignissent de tant d'insultes, et les Jésuites mêmes avaient disposé les esprits à cette croyance que s'il arrivait la moindre condamnation de Rome qui ne fût point au gré de leurs adversaires, ils s'élèveraient contre le Saint-Siège et feraient publier des apologies et des manifestes pour justifier leur procédé. Mais on vit tout le contraire; on n'entendit ni cris, ni murmures, ni plaintes, ni reproches de leur part, jamais leurs prédicateurs ne furent plus modérés; on ne les ouït parler que de douceur, que de paix, que d'obéissance, que de soumission, que d'unité, que de souffrance.

M. Duhamel, qui était le plus exposé, et que les Jésuites et M. Amyot son confrère et son ennemi déclaré observaient en toutes ses paroles et en toutes ses actions, se comporta avec tant de modération dans la prédication qu'il fit après l'arrivée de cette constitution, que non seulement il ne donna nulle prise sur lui, mais il gagna tellement les cœurs de ses auditeurs que ceux qui n'étaient venus que pour le

surprendre dans son sermon s'en retournèrent très édifiés de sa retenue.

M. Feydeau, qui avait été son vicaire et qui faisait les instructions familières des catéchismes tous les dimanches après midi dans l'église de Saint-Merry, parla avec tant de prudence qu'encore bien qu'il fût l'un des plus zélés disciples de saint Augustin, il mérita d'être loué par ceux-là mêmes qui avaient assuré qu'il ne pourrait jamais se retenir.

M. Singlin, qui attirait toutes les personnes de piété aux prédications qu'il faisait dans la chapelle du monastère de Port-Royal, parla avec tant de solidité du véritable esprit qui doit animer tous les fidèles et les retenir unis entre eux, qu'il remporta l'estime et l'approbation de ses adversaires mêmes, de sorte que M. Vincent, qui s'était séparé de lui depuis longtemps à l'occasion de M Tabbé de Saint-Gyran, et qui était des plus opposés aux disciples de saint Augustin à cause de son peu de capacité et de lumière, voulant lui témoigner en cette rencontre la satisfaction qu'il avait de sa modération, le vint embrasser dans ce monastère, et en sortit lui-même tout consolé. On loua même cette modération de Port-Royal jusque dans la chambre de la reine, et quelques-uns de la cour ne purent s'empêcher d'y dire en une rencontre qui se présenta, qu'il fallait avouer que les Jansénistes étaient de très gens de bien, puisqu'après avoir été aussi maltraités qu'ils l'avaient été à Rome et qu'ils Tétaient en France, et étant les plus savants hommes qui fussent dans l'Europe, non seulement ils ne s'emportaient pas à décrier ceux qui les maltraitaient, mais ils les bénissaient et se soumettaient à ce qu'ils faisaient contre eux avec une douceur et une modération très édifiantes, ce qui ne pouvant être attribué ni à stupidité ni à ignorance, comme personne n'en doutait, ne pouvait être l'effet que d'une vertu extraordinaire, étant d'ailleurs certain qu'il ne pouvait y avoir en cela d'hypocrisie, puisque, quelque profession qu'ils fissent d'être retenus, leur pateincene faisait qu'aigrir leurs ennemis, et que ne voulant point les repousser^ ils ne laissaient pas d'en être même plus battus.

M. de Sainte-Reuve, qui était le seul des professeurs de Sorbonne qui enseignait la doctrine de saint Augustin, et qui s'élait attiré l'envie des autres par l'estime où sa facilité à expliquer les questions les plus difficiles et les plus épi-

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