LIVRE IX
mier ministre ; et, sans qu'on eût examiné si cette accusation était bien fondée ou si ce n'était qu'une calomnie, on recommença à déchirer les disciples de saint Augustin ; on les accusa d'être des dissimulés et des hypocrites, on les fit passer pour des hommes plus pernicieux que Luther et Calvin, parce qu'ils ne voulaient pas reconnaître ni avouer qu'ils étaient condamnés par la constitution, quoiqu'ils déclarassent sincèrement qu'ils condamnaient les mêmes propositions qui devaient être censurées par le pape. On mit en oubli tout ce que M. l'ambassadeur avait mandé en faveur de la doctrine de saint Augustin et de ceux qui n'avaient été à Rome que pour la soutenir devant le Saint-Siège, parce que l'on voulait qu'il y eût un parti d'hérétiques, et que cela était de quelque usage*.
Quelques-uns des amis des disciples de saint Augustin auraient souhaité qu'on eût laissé la cour et les Jésuites dans cette créance. Mais comme il était impossible de garder le silence en des rencontres où l'on était obligé de parler, et que dans la nécessité de parler, on ne pouvait pas se dispenser de dire la vérité, il n'y eut jamais moyen de satisfaire à ce désir. Et puis les Jésuites ne semaient pas ces bruits pour en demeurer là ; ils voulaient mettre un empêchement à cette paix qu'ils voyaient s'établir sur les ruines de leur Molina, si une fois leurs adversaires se mettaient à couvert de cette censure, sans laquelle les plus avisés d'entre eux reconnaissaient que leur compagnie était perdue, comme MM. Hallier et Joisel* le déclaraient eux-mêmes dans Rome. Il n'était donc pas possible, sans une prévarication honteuse de la vérité, de ne pas déclarer hautement en toutes rencontres ce que le pape avait déclaré lui-même : que les disciples de saint Augustin ne tenaient pas leur doctrine, qui n'était celle que de ce saint docteur, pour condamnée par cette bulle du pape, quelque persécution que cette déclaration pût faire naître. Quelques-uns d'entre eux mandaient à leurs amis qu'il ne fallait pas souffrir que l'on fît ainsi une nouvelle constitution, comme M. l'offîcial de Paris avait déjà commencé, pour opprimer entièrement la