‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 112 sur 510 · Ms. et copie : leur propre science · texte numérisé non relu

Ms. et copie : leur propre science

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464 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

avaient acquises, le bon sens et le seul discernement dont ils étaient remplis leur faisaient condamner toute cette procédure des Jésuites. Et l'on peut dire qu'il n'y a possible guère eu d'assemblée dans toute l'Europe où l'on ait mieux jugé de cette affaire que dans ce lieu-là, qui était comme un bureau de réputation où la louange et le blâme se distribuaient à tout le monde selon son mérite. Et c'est par l'équité de ce jugement que l'on peut dire que le nom de Dupuis sera illustre tant qu'il y aura des hommes qui cultiveront les lettres et qui auront de l'amour pour la justice.

M. Bignon, l'un des plus savants hommes et des plus rares ornements de notre siècle, et qui a soutenu par deux différentes fois avec tant d'honneur et de probité cette pesante charge d'avocat-général du Parlement de Paris durant plusieurs années, ayant appris comme les choses s'étaient passées dans Rome, et voyant l'emportement des Jésuites et le mauvais usage qu'ils faisaient de cette affaire, levait les épaules et disait que le procédé de ceux qui soutenaient que la doctrine des députés pour la cause de saint Augustin était condamnée à Rome blessait manifestement la justice, après la déclaration qu'ils avaient si souvent réitérée de ne soutenir aucune autre doctrine que celle de ce saint docteur, et qu'ils avaient renouvelée par l'écrit que le pape avait reçu agréablement de leurs mains. Il reconnaissait que ceux qui recevaient ce mauvais traitement devaient avoir beaucoup de vertu et de patience pour endurer un mal qui ne leur pouvait être que très douloureux parce qu'il retombait sur l'Église, et qu'il lui faisait une plaie très sensible qui ne se refermerait pas sitôt. Il leur conseillait de continuer dans la résolution qu'ils avaient prise de garder exactement le silence et d'être plus sages que leurs adversaires, q.ui faisaient tous leurs efforts pour troubler le repos de leur sainte mère et pour lui causer une affliction profonde dans la persécution qu'ils faisaient à ses plus chers enfants. Il prédisait qu'un jour viendrait que Dieu tirerait sa vérité de l'oppression et des ténèbres pour couvrir de confusion ceux qui avaient entrepris de l'étouffer et la détruire.

L'un des plus savants théologiens de la Faculté de Paris, étant consulté par un de ses amis sur l'application que les Jésuites faisaient de la bulle, lui répondit que supposé que

récrit de la distinction des sens fût véritable et qu'il eût été présenté au pape dans le temps qui était marqué, on ne pouvait rien inférer contre les disciples de saint Augustin, puisque le pape n'avait rien prononcé contre leur sens, s'étant seulement renfermé dans les cinq propositions qu'il avait condamnées dans leurs termes ; et que comme ces propositions avaient été faites par d'autres que par eux, et qu'ils les avaient condamnées, s'il y avait quelqu'un de condamné, c'était celui qui les avait fabriquées et ceux qui y avaient travaillé avec lui ; que puisqu'elles ne regardaient nullement les disciples de saint Augustin, ils n'avaient qu'à laisser crier inutilement les autres sans craindre que ces écrits persuadassent jamais du contraire aucun homme raisonnable, ni qu'il fût nécessaire pour se défendre de leurs insultes d'aucun autre expédient que de prendre la constitution et l'écrit, et leur demander l'explication de l'une et de l'autre.

Voilà ce que l'équité inspirait en cette rencontre aux personnes les plus éclairées et les plus désintéressées de cette capitale du royaume. Mais si le témoignage qu'ils rendaient à la vérité était capable de consoler ceux qui souffraient persécution pour sa défense, il n'avait pas la force d'étouffer la voix confuse d'une multitude prévenue, et qui n'ayant point assez de lumière pour faire le discernement que demandait une affaire de cette importance, n'avait que trop de crédulité pour déférer aux invectives que les Jésuites et leurs partisans prononçaient contre des théologiens très catholiques et étroitement attachés à la doctrine de rÉglise.

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