‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 113 sur 510 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Des faux bruits que les Jésuites firent courir contre les députés pour la cause de saint Augustin sur leur sortie de Rome.

Tous les faux bruits que les Jésuites faisaient courir contre les disciples de saint Augustin, et le décri qu'ils tâchaient de faire de l'écrit de la distinction des sens ne pouvaient établir aucun avantage solide pour eux, tant qu'il serait vrai de dire que les députés à Rome pour

saint Augustin avaient eu du pape une audience de congé très favorable. Le Saint Père les ayant traités comme ses enfants el leur ayant déclaré que sa censure des cinq propositions avait rapport avec celle qu'ils en avaient faite euxmêmes les premiers, on pouvait toujours repartir en leur faveur que des théologiens qui avaient été traités par Sa Sainteté d'une manière si obligeante et si pleine de bonté ne pouvaient être tenus pour condamnés par la constitution. C'est pourquoi ils s'appliquaient à ruiner cette opinion qui était fondée sur les lettres de ces députés et sur celle que M. l'ambassadeur avait écrite au roi. Ils s'imaginaient qu'il ne serait pas difficile de ruiner le premier fondement, et qu'ils n'auraient qu'à soutenir que c'était une fausseté et une invention des Jansénistes pour surprendre la crédulité des simples. Plus ce bruit était faux^ et plus ils prenaient de peine à le répandre de toutes parts, et ils le persuadaient aisément à ceux qui étaient liés d'intérêt avec eux. Pour le second ils ne s'en mettaient pas en peine, parce qu'ils étaient persuadés qu'il ne ferait nulle impression si une fois ils pouvaient établir dans l'opinion du peuple que le pape eût maltraité dans cette audience ceux qui publiaient partout que Sa Sainteté leur avait donné tant de marques de sa bienveillance lorsqu'ils avaient pris congé d'elle.

Ce qui les blessait davantage, c'était l'extrait d'une lettre écrite de Rome par le P. Petit*, de l'Oratoire, très vertueux ecclésiastique; et leurs amts mêmes, à qui on l'avait fait voir, en avaient été tellement surpris qu'ils leur avaient fait des reproches des faux bruits qu'ils publiaient contre ces mêmes députés touchant la constitution. Cette lettre, datée du 23 j uin, portait entre autres choses que ces messieurs étaient partis de Rome, ri y avait huit jours; qu'ils avaient été accompagnés par six carrosses jusqu'à dix milles de la même ville, où ils étaient montés tous cinq à cheval; qu'on disait qu'ils avaient été à Capraroles, pour prendre ensuite la route de Lorette et de Venise, et se rendre à Lyon par les Grisons, n'ayant pas voulu prendre la commodité de la galère qui conduisait les sœurs de M. le cardinal Mazarin et leur famille, à cause des incommodités de la mer. Qu'il pouvait dire que ces messieurs avaient laissé dans Rome

1 Petit (1603-1653) était entré à l'Oratoire en 1626.

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