‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 123 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

[de rien moins] que de se faire donner des lettres de cachet pourse faire reléguer dans les villes les plus éloignées et les plus affreuses de tout le royaume ; et on y ajoutait même, ce qui était le plus terrible, jusqu'au-delà de ses limites pour ceux qui seraient les plus hardis ; que Sa Majesté était lasse de ces contestations et en voulait voir la fin ; qu'elle avait résolu de ne souffrir dans son royaume que la religion catholique et la prétendue réformée; qu'elle était si sensiblement obligée au pape de la censure des cinq propositions qu'elle voulait lui faire connaître que tous les docteurs de la Faculté étaient soumis à sa bulle, et qu'il n'y en avait pas un qui n'embrassât sa doctrine ; que puisque les évêques n'avaient fait nulle difficulté de la recevoir, et qu'en cela ils avaient fait paraître l'uniformité qui était entre eux, il ne voulait pas que de simples docteurs, qui leur étaient inférieurs, fussent d'un autre sentiment.

Ces menaces n'empêchèrent pas qu'il ne se trouvât des docteurs assez généreux pour remontrer à ceux qui publiaient ces faux bruits que cette manière d'agir était bien différente de celle des anciens, et qu'elle ruinait entièrement l'honneur et la gloire de la Faculté; qu'il y aurait bien plus d'avantage à faire voir au pape et à toute l'Église qu'une compagnie aussi libre et aussi réglée que la Faculté de théologie de Paris aurait fait une conclusion, dans une rencontre aussi solennelle qu'était celle de recevoir sa constitution, avec une entière liberté, sans y être nullement forcée; qu'il valait beaucoup mieux attendre que M. l'archevêque de Paris, leur prélat et leur supérieur, leur envoyât cette constitution; que cette voie serait conforme aux règles de l'Église, au lieu que celle dont on voulait se servir avait en soi quelque chose de politique et de temporel, et même de contraire à l'autorité de leur archevêque ; qu'encore qu'elle fût relevée du nom et de l'autorité du roi, qui était digne d'un profond respect parce qu'elle était toute auguste, néanmoins rien ne manquerait à sa perfection si celle de Sa Majesté venait par celle de M. l'archevêque, et que ces deux autorités se trouvant jointes ensemble, tout le monde serait entièrement satisfait.

Mais cette ouverture ne servit qu'à échauffer davantage ceux qui se réglaient par les mouvements de la Cour; ils mettaient une grande partie de leur honneur à ne vouloir

dépendre ni de M. l'archevêque de Paris ni de ses officiers, au lieu que ce leur est un avantage de ce que M. l'archevêque de Paris se décharge sur eux de la plus grande partie des choses qui concernent la doctrine. De plus, ils s'imaginaient que ce prélat ne leur enverrait jamais ni la constitution ni le mandement sur lequel il en avait ordonné la publication, parce qu'il avait témoigné lui-même n'être pas satisfait de la manière dont on l'avait traité pour l'obliger à publier cette bulle, et que, quelque personne qu'il envoyât vers la Faculté, il ne pourrait jamais avoir la force et Tautorité qui étaient nécessaires pour empêcher les docteurs d'user de leur liberté ordinaire en exprimant leurs véritables sentiments. 11 leur fallait un homme qui jetât d'abord de la terreur et qui ôtât la parole aux docteurs, et qui fût persuadé que l'enregistrement de la Faculté était une des principales circonstances qui devaient entrer dans l'affermissement de la bulle.

Il est vrai que ce raisonnement était très véritable dans le fond; mais il y avait tout à redire dans la manière. Car si la Faculté eût refusé ou modifié la bulle, toutes les autres cérémonies eussent toujours été défectueuses en ce point, et le pape aurait eu un extrême déplaisir de voir sa constitution soumise à l'examen des docteurs qui passaient dans son esprit pour les premiers théologiens et les plus savants hommes de l'Église. Mais le moyen dont on se servait, ne se trouvant pas conforme aux coutumes et aux règles de la Faculté, rendait cette réception suspecte en ce qu'elle était la chose principale et la plus essentielle à toutes les délibérations, qui est la liberté des suff'rages. Néanmoins, il était juste que la fin répondît au commencement, et que comme l'entreprise que M. Cornet avait faite lorsqu'il avait exposé ces cinq propositions au jugement de la Faculté avait été toute irrégulière, selon que la Faculté l'avait elle-même jugé au mois de janvier et en celui de février de l'année 1650, il fallait que le reste suivit de même, et qu'on n'y gardât ni formes, ni règles, ni mesures. Il estimait aussi bien que tous ses adhérents que c'était tout gagner dans celte affaire, que d'y avancer et d'y emporter les choses de vive force, sans se mettre en peine ni de la justice, ni de la bienséance, ni de la manière, pourvu qu'il réussît dans ses desseins et que ceux qu'il voulait confondre demeurassent accablés,

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