‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 126 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

es recevoir. Ainsi ils se contentèrent de les faire en particulier et de les conserver pour s'en servir lorsqu'il plairait à Dieu de rétablir cette célèbre compagnie dans sa liberté.

Leurs protestations étaient fondées sur deux points, dont le premier était le nombre excessif des réguliers, qui ne devant assister aux assemblées qu'au nombre de huit, ainsi qu'il avait été réglé par les arrêts du Parlement, et se trouvant être deux fois au delà de ce nombre, rendait nulle la délibération faite sur l'enregistrement de la bulle. L'autre bndement était que la Faculté ayant jugé, sur l'affaire des cinq propositions, que ses décrets anciens suffisaient pour en empêcher tout le mal qui en pourrait arriver et pour maintenir la paix parmi les docteurs, et la constitution n'ayant été rendue que sur un faux exposé contraire à ce jugement, et sur les instances des évêques de France que M. Cornet et M. de Vabres avaient trompés sous des apparences qui n'avaient pas d'autre fondement que leur passion, elle ne devait nullement s'engager dans cette affaire en recevant cette constitution qui lui était présentée contre les formes et d'une manière qui ne pouvait nullement s'accorder avec sa liberté ; que pour rendre au Saint Siège toute la vénération qu'ils lui devaient et tout le respect qui était dû par des sujets fidèles à leur roi, il suffisait que la Faculté lui fît des remontrances très humbles, et qu'elle en fît aussi à M. le nonce par la permission de Sa Majesté, sur l'entreprise téméraire de M. Cornet et sur le faux exposé que ce docteur avait fait à MM. les évêques et à Sa Sainteté par l'entremise de M. de Yabres, afin de faire entendre tant au pape qu'au roi même les raisons qu'elle avait de n'entrer plus dans cette affaire.

Tous les anciens qui opinèrent les premiers dans la Faculté se contentèrent de conclure à l'enregistrement de cette constitution, le roi le voulant et l'ordonnant ainsi, et gardant un silence morne sur tout le reste ; ils témoignaient par là que sans cette volonté qui leur était insinuée avec des termes qui signifiaient qu'elle était absolue et qu'il fallait y déférer, ils auraient opiné d'une autre manière. Il s'en trouva quelques-uns un peu plus hardis qui, dans le peu de choses qu'ils dirent, en dirent assez néanmoins pour faire comprendre à M. l'évêque de Rennes qu'il ne devait point être là et que sa présence leur ôtait la liberté. Et

après cela les uns et les autres conclurent à la réception de cette constitution sans y former ni opposition, ni appellation, ni protestation quelconque. 11 y en eut néanmoins parmi eux qui eurent beaucoup de regret d'avoir si mal opiné, et les mieux intentionnés pour la doctrine de saint Augustin avouèrent à plusieurs de leurs amis que leur conscience leur faisait de très grands reproches sur la faiblesse qu'ils avaient fait paraître par leur silence en une occasion où la vérité et la gloire de Dieu les obligeaient de parler généreusement sans rougir.

Au sortir de l'assemblée, on vit une joie tout extraordinaire sur le visage des partisans de Molina, et M. l'évêque de Rennes alla aussitôt moissonner à la cour le fruit de cette victoire par les louanges dont la reine et M. le cardinal Mazarin l'honorèrent pour s'être acquitté si dignement de cette commission. Les disciples de saint Augustin n'y furent point épargnés ; on dénonça à Sa Majesté et à Son Éminence ceux d'entre eux que l'on avait remarqués s'être retirés dès le commencement de l'assemblée, et on eut la charité d'y comprendre les docteurs de la communauté de M. Duhamel, curé de Saint-Merry, dont on rapporta qu'il n'y en avait eu pas un qui eût assisté à cette délibération, parce qu'ils ne voulaient pas, disait-on, recevoir la constitution ni y déférer.

Les Jésuites, qui regardaient cette délibération comme la consommation de leur triomphe, étaient sur les avenues de la Sorbonne pour en attendre le résultat, non qu'ils doutassent de l'événement, étant assurés d'avoir dix de leurs partisans contre un du sentiment contraire; mais pour avoir la satisfaction d'insulter à une compagnie qui s'était autrefois élevée si fortement contre leur censure. Un docteur, qui en mandait la nouvelle à un autre de ses amis, lui faisait remarquer par sa lettre qu'il était aisé après cela aux Jésuites d'obtenir, ou une bulle du pape, ou une lettre de cachet de Sa Majesté, qui portât, qu'en considération des bons et agréables services qu'ils rendaient au Saint- Siège et à l'État, Sa Sainteté et Sa Majesté ordonneraient qu'ils fussent agrégés au corps de la Faculté; qu'ils pourraient ensuite ménager un autre M. de Rennes ou M. de Rennes lui-même pour lui faire dire que Sa Majesté commande à tous les docteurs de les recevoir sous peine

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