CHAPITRE XXI
Maudement de M. l'évêque d'Angers pour la publication de la constitution. Les partisans de Molina s'efforcent de le décrier.
Les agents généraux du clergé de France ayant envoyé à M. l'évêque d'Angers la constitution du pape avec la lettre circulaire des évêques assemblés au Louvre et la déclaration du roi, ce prélat se mit en devoir de la publier promptement. La disposition où était son diocèse dans cette conjoncture, et l'engagement qu'il avait de répondre aux huguenots qui y étaient répandus sur le jugement que le pape venait de prononcer par sa constitution, l'obligèrent de ne se point contenter du mandement général; car quoiqu'ilsemblât pourvoir suffisamment au bien de la paix, néanmoins il n'était pas capable de fermer la bouche aux hérétiques qui prétendaient que le pape par cette décision avait censuré la doctrine de saint Augustin, et par conséquent établi Terreur condamnée par la foi de l'Église et troublé le repos et la tranquillité de tous les fidèles.
Ainsi ce sage prélat, qui n'avait jamais moins de zèle pour maintenir ses ouailles dans l'unité de la foi qu'il avait de charité pour les porter à suivre J.-C. dans la voie royale de l'Évangile, voulant retrancher tout sujet de scandale et fermer pour jamais la bouche aux hérétiques de son diocèse sur le sujet de la constitution, crut qu'il n'y avait pas de moyen plus assuré que de faire un mandement différent du commun, et capable de remédier aux maux qu'il appréhendait. Et il se porta d'autant plus à ce conseil qu'il était instruit par la lettre de M. de La Lane et de ses collègues de la déclaration que le pape leur avait faite de saint Augustin dans leur audience de congé, et que plusieurs prélats de l'assemblée du Louvre lui avaient donné avis du témoignage que M. le cardinal Mazarin venait de rendre à la vérité de ce fait.
11 adressa donc sur ce sujet aux curés de son diocèse un mandement par lequel il leur exposait : que comme Notre
eigrieur J.-C. a laissé son Eglise dépositaire de la vérité et de la paix qui sont les deux plus grands dons du ciel et les deux plus riches trésors de la terre, le démon, père du mensonge et des divisions, a travaillé durant tous les siècles pour [altéjrer l'une et pour troubler l'autre. Que c'est ce qui oblige les pasteurs de l'Église à veiller également à ce que la foi qui est établie sur la pierre inébranlable de la tradition apostolique et romaine ne soit point mêlée avec l'erreur, que la présomption des hommes, naturellement amoureux de leurs propres inventions, s'efforce de faire passer pour une doctrine orthodoxe, et à ce que la charité, qui est le lien de la perfection chrétienne, soit entretenue parmi les fidèles. Que pour ce sujet, ayant reçu avec un très profond respect la constitution de Notre Saint Père le pape Innocent X, du 31 mai précédent, et condamné d'hérésie cinq propositions que l'on attribuait à feu M. Jansénius, évêque d'Ypres, et qui avaient donné lieu à quelques disputes entre les docteurs catholiques, (quoique les uns et les autres eussent déclaré qu'elles pouvaient être condamnées comme hérétiques), elle pouvait servir à conserver ce double gage de l'amour de Dieu. envers les hommes, savoir sa vérité et sa paix qu'il nous oblige d'aimer d'un même cœur et d'un même zèle; il la leur adressait par son mandement afin qu'au premier jour du saint dimanche, ils eussent a en ire lecture au prône de la messe paroissiale; leur ordonant de plus d'apporter en celte publication tant de douur, de sincérité et de sagesse, suivant l'esprit des vrais înistres de J.-C, que tous ceux qui l'entendraient fussent difiés de leur retenue et de leur modération. Qu'en effet, mme l'intention de Notre Saint Père le pape et la sienne aient de retrancher toutes sortes de mélanges des erreurs rofanes avec les vérités saintes, et tous les sujets de diviions entre les fidèles qui étaient troublés par ces contestaions, il désirait qu'ils aidassent à ce bon dessein par leur zèle et par leur prudence, et qu'ainsi qu'ils avaient sous son autorité le gouvernement des âmes qui lui étaient commises, ils agissent aussi avec la même charité et la même discrétion qu'il s'efforçait de garder dans toute sa conduite. Que si quelque prédicateurs'oubliait si fort que de manquer au respect, à la soumission et à l'obéissance que doit pratiquer un vrai disciple de J.-C. envers ceux qui tiennent sa place dans son
royaume, et qu'il osât prêcher eu leurs paroisses la doctrine précisément condamnée par cetta constitution, ou s'écarter des termes exprès de leurs censures en faisant retomber cette condamnation sur la doctrine sainte et inviolable du siège apostolique et de lÉglise que les papes jusqu'à noire siècle ont déclarée être renfermée dans les œuvres de saint Augustin, et à laquelle le très saint et très vénérable Père, l'oracle de la vérité, avait témoigné qu'il n'avait point entendu toucher, il leur enjoignait de l'en avertir incontinent, afin qu'il put aussitôt apporter le remède nécessaire pour conserver d'une part le dépôt sacré de la foi des Pères, dont les souverains pontifes elles évoques sont les gardiens et les protecteurs, et pour maintenir de l'autre l'union divine de la charité fraternelle, selon le devoir des pasteurs évangéliques. Il les exhortait d'agir pour l'accomplissement d'un si important ouvrage avec autant de zèle et de prudence que Dieu par sa bouche en demandait d'eux, d'empêcher que la simplicité des brebis ne fût surprise par les artifices de ceux qui voudraient abuser de leur ignorance et de leur crédulité ; de les nourrir de la parole toute pure de notre Sauveur el des célestes enseignements de l'Église; de ne faire entendre parmi eux que la voix sainte des Écritures et des Pères, et de coopérer de toutes leurs forces avec la grâce de Dieu pour les faire marcher dans la vérité évangéliquC;, qui seule est capable de les sanctifier et de les sauver. Que cependant il les conjurait de tout son cœur de prier Notre Seigneur J.-C, qui est la vérité éternelle, et qui dans l'Écriture est appelé le prince de la paix et le Dieu des vertus, qu'il lui plût de leur donner la lumière et la docilité sans lesquelles ils ne pouvaient connaître cette vérité, ni trouver cette paix; et à lui la vigueur et la force qui doivent accompagner l'autorité épiscopale, et dont il avait besoin pour satisfaire dignement à la grandeur des obligations qui sont inséparables du ministère des successeurs des apôtres. Et afin que son intention fût connue à tous, il ordonnait que ladite constitution et son mandement fussent envoyés à toutes les communautés de son diocèse, et même affichés aux portes des églises, à ce que personne n'en prétendît cause d'ignorance. » Cet acte était daté d'Angers le 14 août
Ce mandement si plein de sagesse et de force ayant été