LIVRE IX
avaient appris de la propre bouche du pape que Sa Sainteté
I^ avait fait cette déclaration aux disciples de saint Augustin, ^Bet qu'il la leur avait faite tout de bon et dans la vérité, dans le dessein de leur faire comprendre son intention touchant cette doctrine, et l'affaire qui avait été traitée dans les congrégations fameuses de auxiliis, qu'il avait cru qu'il pouvait condamner ces propositions en la manière qu'il avait fait après que les députés des évéques pour la cause de saint Augustin les avaient eux-mêmes condamnées en sa présence, de vive voix et par écrit; qu'enfin il n'y avait qu'à remaruer les excès qui se commettaient contre la doctrine de ce aint et à en donner avis au pape, ou par son nonce, ou par eux qui l'approchaient, et qu'on verrait de quelle manière Sa Sainteté les punirait. Il n'y a nulle marque de consteration dans ce langage, et un homme qui écrit ainsi n'est point en état de mourir par la violence de la douleur.
Un religieux des plus zélés disciples de saint Augustin
mandait de Rome qu'à l'occasion de la mort du P. Petit les
partisans de Molina débitaient que le jansénisme s'en allait;
qu'ils en diraient bien plus quand ils sauraient que le sieur
Cosimo, sous-bibliothécaire du Vatican, avait été enterré le
samedi précédent; qu'ils avaient fait des chansons contre
le feu P. Petit et lui qui écrivait, et contre d'autres ; qu'ils
es avaient menacés tous deux de les faire mettre prison-
iers, ayant supposé qu'ils agissaient sous main et parlaient
outre la constitution du pape, quoique cela fût très faux
t qu'il n'en eût jamais parlé qu'avec respect, et d'autant
lus qu'il savait que Sa Sainteté s'était déclarée aux dépu-
és pour saint Augustin. Que l'intention de Sa Sainteté
'avait jamais été de donner aucune atteinte à la doctrine
e ce saint docteur de la grâce, qui était l'unique chose que
e célèbre religieux disait avoir appréhendée dans toute la
uite de cette affaire. Il se plaignait dans la même lettre de
que les partisans de Molina avaient écrit de tous côtés
ntre lui, ce qui l'obligeait à être un peu plus réservé dans
conduite, parce que les Jésuites et un parent de M. Hal-
er, et son domestique nommé M. Thomas, observaient toutes
es démarches pour en informer M. l'ambassadeur, et de ce
n'ayant donné un exemplaire du petit saint Augustin de
es messieurs à M. le cardinal Trioulée^ on y avait ajouté
alicieusement qu'il avait dit à cette Éminence que la bulle
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ne serait jamais reçue en France, et que cela tendait à exciter ce cardinal espagnol à empêcher qu'elle ne fût reçue en Flandre, ce qui était lui imputer deux crimes d'état dans une seule action.
Il mandait aussi que depuis peu le corps des Jésuites avait présenté au pape et aux congrégations quatre-vingts mémoriaux contre leur général, et qu'ils disaient qu'étant un allemand il n'avait pas l'esprit de Tordre pour le gouverner selon son premier institut.
Enfin il témoignait qu'un des amis de M. Hallier et de ses collègues avait dit peu de jours auparavant qu'ils eussent [plus] prudemment fait de demeurer dans leur logis ordinaire que d'en être sortis pour retourner en leur premier logement, qui était une chambre locande connue par tout Rome, disait cet ami, pour un lieu mal famé. Qu'il voulait croire avec cet ami qu'ils l'avaient ignoré et qu'il n'y avait aucun mal; mais que cela n'empêchait pas, ainsi qu'il l'avait dit lui-même, et comme d'autres l'avaient dit, qu'on n'en eût parlé et qu'on n'y eût trouvé à redire.
C'était un terriblejugement.de Dieu sur eux qu'il eût permis que M. Hallier et ses collègues se fussent retirés dans un lieu qui n'avait ni toute la bonne odeur ni toute la réputation nécessaire pour des prêtres qui publiaient partout, quoique faussement, que sans eux la fqi de l'Église aurait reçu quelque atteinte, et que le Saint-Siège leur était redevable de la peine et des travaux qu'ils avaient soufferts dans cette occasion. Une imprudence de Cette nature ternissait Téclat de la gloire qu'ils s'étaient donnée à eux-mêmes d'avoir marché à petit bruit et sans éclat, et d'avoir mérité par là de passer pour des prêtres humbles et modestes pendant que leurs adversaires paraissaient comme des hommes vains et orgueilleux qui déshonoraient TÉglise et dont ils avaient mandé, en parlant de la constitution, qu'on disait dans Rome que les riches avaient perdu leur procès et que les pauvres l'avaient gagné. Cependant, outre le témoignage avantageux que Sa Sainteté et M. l'ambassadeur avaient rendu à ces riches prétendus, M. Baudier*, gentilhomme de Languedoc, qui est connu par les ouvrages qu'il a donnés au public en qualité d'historiographe du roi, et qui accom-
1. Michel Baudier (1589-1654?), historiographe du roi, est effectivoment auteur de nombreux ouvrages tombés dans l'oubli.