CHAPITRE XXVI
De ce qui se passa dans deux audiences que le pape donna au mois d'août à M, l'ambassadeur sur le sujet de la réception de la constitution.
11 ne suffisait point au pape d'avoii* fait une constitution sur le sujet des cinq propositions et de l'avoir envoyée en France pour être présentée à Sa Majesté par son nonce, s'il n'eût -BU en même temps de quelle manière elle y avait été reçue. Il craignait que la délicatesse que l'on attribue aux principaux officiers de ce royaume très-chrétien et à toute la nation ne fît naitre quelque incident capable d'arrêter l'efifet de cette grande machine. Et quoique son nonce lui eût déjà mandé des nouvelles assez agréables, néanmoins ce qu'il lui avait écrit en général n'était pas suffisant pour lui donner toute la joie dont il voulait que cette longue attente fut récompensée. La lettre qu'il en avait écrite à Sa Sainteté lui apprenant que M. le cardinal Mazarin n'y avait pas plus de part que les autres évêques qui l'avaient reçue, cela ne lui suffisait [pas] pour l'assurer de la suite que cette affaire devait avoir^ parce que, ne bornant pas le succès qu'il s'en était promis à cette première acceptation que les évêques avaient faite dans une assemblée tenue au Louvre, et voulant qu'elle fût reçue dans toutes les églises de la France, il n'était pas si mal informé des affaires de ce royaume qu'il ne sût bien que ce second succès, qu'il confei-
dérait comme le plus véritable et le plus glorieux pour lui, dépendait entièrement de l'autorité du roi, et par conséquent du crédit et de la puissance de son ministre. C'est pourquoi il attendait avec impatience à se réjouir pleinement de cette nouvelle lorsque M. l'ambassadeur la lui viendrait annoncer selon qu'elle lui serait mandée de France et particulièrement de M. le cardinal Mazarin.
Il reçut cette grande satisfaction le 15 du mois d'août, et dans l'audience que M. l'ambassadeur eut de lui en ce jour del'Assomption de la Sainte Vierge àlaquelle l'Église attribue la gloire d'avoir détruit elle seule toutes les hérésies : Gaude Maria virgo , etc., il prit l'occasion de cette antienne célèbre pour lui dire : « Réjouissez-vous, Très Saint Père, vous avez détruit vous seul les hérésies dans tout le monde, » [pesant*] fort sur ces mots : vous seul, parce qu'il en était venu à bout sans le secours d'aucun concile, sans avoir fait aucune assemblée extraordinaire, sans le conseil du sacré collège, mais lui seul, par l'assistance du Saint- Esprit, lui seul, de son propre mouvement, lui seul, par ses seules lumières sans aucun secours des hommes, parce qu'il avait lui seul détruit ces erreurs, non pas en des choses de peu d'importance, ou des choses qui ne demandassent que le jugement et les connaissances des hommes ordinaires; mais en des matières les plus hautes et les plus relevées de notre foi, en des matières qui regardaient la divine grâce, le libre usage que les hommes en faisaient soit en l'acceptant, soit en la rejetant, l'application du sang et de la mort de J.-C. pour le salut de tous les hommes. Il lui exagéra* ensuite comment tout le monde embrassait la décision qu'il avait faite; que les évêques de France, et par eux toutes les personnes de leur dépendance, s'y soumettaient entièrement; que le plus grand de tous les rois chrétiens désirait qu'elle fût reçue dans toute l'étendue de ses états, et qu'à son exemple tous les rois et tous les princes chrétiens s'y soumettraient. Que c'était là un grand sujet de réjouissance pour Sa Sainteté. Ensuite il lui exposa tout ce qui s'était passé dans l'assemblée des évêques, et comment ceux-mêmes d'entre eux qui étaient pour les disciples de saint Augustin et qui avaient été députés vers