LIVRE IX
fSa Sainteté avaient souscrit cette constitution par les soins de M. le cardinal Mazarin, et le ménagement qu'il avait fait de leurs esprits, et que sans sa prudence et sa sagesse, le consentement des évêques n'aurait pas été unanime.
Le pape, qui avait eu pour but de rendre la gloire de son pontificat immortelle par sa constitution, reçut cette nouvelle avec toute la joie imaginable. 11 fut ravi de cette application flatteuse que M. l'ambassadeur lui faisait d'une antienne qui ne pouvait convenir à aucune autre créature qu'à la Sainte Vierge, n'y ayant qu'elle seule qui eût eu l'avantage d'avoir porté celui qui a détruit et qui détruira jusqu'à la fin des siècles toutes les hérésies, parce qu'il est la vérité éternelle, et que c'est cette vérité qui brise toutes les erreurs que l'esprit de l'homme est capable de former. De sorte que se laissant éblouir par l'éclat de cette gloire qu'il envisageait dans toutes les parties de ce discours, il se mit à louer le roi de France et M. le cardinal Mazarin d'une manière qui témoignait l'estime qu'il faisait de ce ministre. Il voulut bien oublier en cette rencontre qu'il l'avait toujours traité avec le dernier mépris, et releva son mérite et ses rares et éminentes qualités, quoique peu de temps auparavant il eût fait paraître une extrême aversion contre lui dans un entretien qu'il avait eu avec plusieurs Français ensemble qu'il honora de sa confiance; car après l'avoir représenté comme Thomme le plus indigne du ministère qu'il exerçait en France qui fût dans toute l'Europe, comme un homme sans cœur, sans courage, sans honneur, sans élévation d'esprit, comme un homme en qui il n'y avait [nulle vertu et nul mérite et dont l'âme était remplie des [passions les plus basses et les plus viles, enfin comme un ihomme qui ne méritait que du mépris et dont la réputation [n'avait rien qui le dût faire estimer : /o, leur disait-il, non [voleva nominarlo, ma siete voi che l'havete nominato, car ils ne lurent pas s'empocher de le nommer dans cette conférence, voyant bien par tout le discours de Sa Sainteté que c'était le ce cardinal qu'elle entendait parler. Il acheva son éloge fpar ces mots : Vi diro ch'è un huomo mal nato, un ignorante, m huomo di mala vita... Se non fosse stato quello scudo del ]egno di Francia io lliavrei ben accomodato.
Mais le succès de sa constitution lui fît perdre dans ce [moment toute l'opinion désavantageuse qu'il avait de ce
cardinal; et il le lui représenta comme le plus rare et le plus accompli de tous les ministres, ou plutôt cette considération le porta à parler ainsi contre sa pensée, parce qu'il [rejprit bientôt après son train ordinaire de se plaindre de lui et de le dépeindre de toutes ses couleurs.
M. l'ambassadeur, ayant reçu tout ce discours avec beaucoup de civilité, en donna promptement avis à M. le cardinal Mazarin, et reconnut par le transport de joie de Sa Sainteté quelle passion secrète il avait pour sa constitution. Ces louanges affectées et toutes nouvelles du premier ministre de France le rendirent encore plus savant, et lui firent comprendre plus que toutes choses que l'affaire de sa constitution était Tunique moyen de le retenir dans toutes les autres que la France avait à démêler avec lui, et particulièrement dans celle de M. le cardinal de Retz, qui était alors la plus pressante.
Il remarqua encore mieux cette disposition de Sa Sainteté dans laudience qu'il eut le 49 de ce mois, lorsqu'il lui présenta la réponse du roi et celle des évêques de France aux brefs qu'il leur avait écrits pour accompagner sa constitution. Car ce fut particulièrement dans cette audience qu'il lui fit valoir les soins que ce cardinal avait pris de lui faire écrire en des termes extraordinaires et dont le clergé de France ne s'était pas encore servi jusque là en écrivant aux papes ses prédécesseurs. Il lui raconta comment il avait appuyé les choses principales et essentielles qui étaient dans la lettre de M. l'archevêque de Toulouse, et lui représenta comment il les avait fait passer par son autorité et par son adresse, nonobstant les contestations des autres évêques qui les voulaient faire effacer.
Le pape ne put se tenir en cette occasion, et il donna dans sa joie toute l'ouverture qui fut nécessaire à M. l'ambassadeur pour remarquer combien cette affaire le touchait, et qu'il ne s'était pas trompé en mandant en France que ce moyen était le plus propre pour lui fermer la bouche sur les plaintes qu'il avait faites jusque là. Il lui parla ensuite du roi et des obligations qu'il lui avait du bon succès de sa constitution, témoignant beaucoup de tendresse pour lui et pour la reine sa mère, et relevant son zèle pour la religion. De là, il passa aux louanges du clergé de France, reconnaissant que c'était le premier de l'Église, tant pour la science