‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 15 sur 510 · LIVRE Vin · texte numérisé non relu

LIVRE Vin

gicae Facultatis Parisiensis doctorem, socium et fratrem nostrum, atque in academia Cadomensi theologi« professorem aspergere tenlarunt nonnulli, eumque apud supremum régis chrislianissimi consilium inl'ormare. Eam ob rem testamur praedictum socium nostrum adeo veritatis fuisse semper studiosum ut omnem profanam novitatem fuerit exosus, et nusquam ab incorrupta sacrae Facultatis Parisiensis doctrina deflexerit, cujus omnia et singulâ décréta in veneratione semper habuit. Neque vero a tanta doctrinae sanctitate aliéna fuit illiusvivendi ratio, cumin ejus moribus nihil nisi honestum atque sincerum fuerit unquam deprehensum, et doctrinse purilati summam vilse pietatem et integritatem addiderit. In cujus rei fîdem praRsentes Miteras ipsi decernimus, quas sigiilonostro Yoluimus esse obsignatas. Datum Parisiis, incollegio Sorbonîe, die v Januarii, anni salutis M . DG . LUI.

Stephanus Barré, Sorbonse prior.

Il y avait sujet d'espérer que ces témoignages avantageux de la Sorbonne en faveur d'un de ses docteurs pourraient satisfaire M. le chancelier. Néanmoins les députés de ce corps lui ayant présenté ces lettres le 7 janvier au matin, il ne s'en voulut point contenter, demandant toujours la signature qu'il avait exigée de M. Manessier. Sur quoi M. de Mince, qui portait la parole, lui ayant remontré qu'outre la nouveauté de cette signature il n'y avait nulle apparence de l'exiger d'un théologien dont la Sorbonne répondait, M. le chancelier, ne voulant pas refuser absolument ces messieurs mais s'en défaire adroitement, leur dit qu'il fallait donc à tout le moins que M. Manessier déclarât en pleine Sorbonne qu'il n'enseignerait pas les cinq propositions attribuées à M. l'évéque d'Ypres. Les députés de Sorbonne le supplièrent de vouloir se contenter de la parole que ce docteur lui avait donnée de ne pas traiter ces questions avant le jugement du pape. Et quant à la question qu'il demandait par écrit, ils répondirent ne pouvoir pas lui promettre autre chose, sinon d'en faire le rapport à la compagnie.

Le jour suivant, la maison de Sorbonne s'étant assemblée extraordinairement après midi sur cette nouvelle demande ou condition requise par M. le chancelier, laquelle pourtant n'était différente de la première qu'en ce qu'il semblait se contenter que M. Manessier fît devant la Sorbonne cette même déclaration qu'il avait auparavant désiré que ce doc-

teur fît entre ses mains non seulement de bouche mais par écrit, messieurs les députés ayant rapporté à la compagnie que cette proposition leur avait été faite par M. le chancelier, M. Mulot*, le plus ancien de tous, que les émissaires des Jésuites avaient fait venir exprès contre sa coutume, dit qu'il était juste que M. Manessier donnât par écrit la déclaration que M. le chancelier exigeait de lui. Mais un autre avis tout contraire fut ouvert par deux autres des plus anciens, qui étaient M. Bachelier et M. Dreux. Ils dirent que le témoignage rendu parla Sorbonne en faveur de leur confrère à M. le chancelier était plus que suffisant pour lui donner l'assurance qu'il souhaitait de la saine doctrine de ce théologien, et de la parole qu'il lui avait donnée en présence de messieurs les députés de ne point toucher avant la définition du pape aux propositions sur lesquelles on avait supplié Sa Sainteté de prononcer.

M. Le Moine, enchérissant sur le premier avis, dit qu'il ne pouvait approuver le témoignage que la Sorbonne avait rendu de la saine doctrine de M. Manessier si ce docteur ne se justifiait pas auparavant de l'hérésie qu'il avait soutenue touchant le libre arbitre dans son acte de sorbonique. Mais au contraire M. de Mince, qui avait été le modérateur des études de M. Manessier, et qui en cette qualité avait revu et approuvé toutes ses thèses, assura la compagnie que ce théologien n'avait soutenu que la pure doctrine de saint Augustin et de saint Thomas sur le sujet du libre arbitre. MM. Dreux, de Flavigny, Ghassebras et autres, qui s'étaient trouvés à cette dispute et qui avaient ouï les réponses de M. Manessier sur cette matière, dirent hautement que l'accusation d'hérésie que M. Le Moine avait formée contre lui était fausse et calomnieuse, ce qui remplit ce pauvre homme d'une telle confusion, qu'ayant essayé de lire à la compagnie un extrait de quelques passages de Luther touchant lehbre arbitre, lesquels il prétendait être conformes aux réponses de l'accusé, jamais il n'en put venir à bout, car le branle ordinaire de sa tête s'augmenta si fort par l'excès et le trouble de sa passion et par le juste

1. Jean Mulot (1568-1653), docteur de Sorbonne, fut confesseur de Richelieu et mourut « sénieur » de Sorbonne et doyen de la Faculté de théologie.

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