‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 157 sur 510 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'archevêque de Sens publie une ordonnance dans son diocèse au sujet de la constitution.

La passion de ceux qui tâchaient de ruiner l'ancienne doctrine de l'Église de France touchant l'autorité du pape et celle des évêques était venue à un tel point d'excès que les évêques qui en étaient les dépositaires ne pouvaient plus la dissimuler sans se rendre eux-mêmes coupables de la même prévarication et des mêmes erreurs que ces hommes avaient soutenues depuis plusieurs années sans qu'aucun prélat s'y fût opposé. Les plus emportés de ces flatteurs de la Cour de Rome avaient eu la témérité de soutenir en public que les évêques n'étaient que les vicaires et les vice-gérants du Saint Père, comme ne tenant que de lui seul toute leur puissance et leur juridiction. Ils avaient même osé prêcher qu'il n'y avaitquele vicaire de J.-C.,le successeur de saint Pierre, le chef visible de toute l'Église, qui eût le pouvoir de décider et de déclarer les points de foi, et que tout ce qu'il en ordonnait devait être reçu par tous les fidèles avec une entière soumission comme procédant d'une autorité infaillible, au lieu que l'Église de France avait toujours fait profession de la doctrine contraire, et qu'elle maintenait que la dignité des évêques n'ayant point d'autre instituteur que Notre Seigneur Jésus Christ, ne pouvait pas être l'ouvrage des hommes, ni leur autorité venir d'autre que de Dieu qui leur avait donné le pouvoir de régir leurs églises et de veiller sur leurs troupeaux comme ses vicaires immédiats et les successeurs des apôtres. Jusqu'à ce temps, on avait toujours dit, dans l'Église gallicane, qu'en vertu de ce pouvoir les évêques avaient droit de juger de toutes les matières qui concernaient la foi et le salut de leurs ouailles, afin de les conduire dans la voie de Jésus-Christ; que suivant ce droit ils pouvaient s'assembler entre eux lorsqu'ils le jugeaient nécessaire pour le bien de leurs églises, afin de pourvoir à leurs besoins ; qu'en vertu de ce même droit, ils se trouvaient dans les assemblées générales de toute l'Église pour délibérer avec le souverain pon-

tife de toutes les choses qui concernaient la doctrine et la discipline de l'Église, où le pouvoir de décider ne venait point d'autre part que du ciel et de Dieu même, qui répandait sur eux tous son Saint-Esprit.

Quoique ce droit ne pût être contesté, il était néanmoins tellement obscurci par la fausse doctrine à laquelle ces hommes de cabale avaient donné cours qu'à peine en pouvait-on remarquer les moindres traces. La cessation des conciles provinciaux, et le peu de soin que l'on avait eu de tenir des synodes en quelques églises particulières depuis quelques années, avaient contribué notablement à cette erreur, et avaient donné plus d'occasion à ces docteurs d'établir leurs nouveautés touchant ce point. Les parliculiers qui connaissaient la vérité et qui avaient assez de zèle pour la soutenir étaient ou opprimés, ou au moins décriés comme des hommes suspects, sitôt qu'ils venaient à soutenir la vérité de ce droit et à détruire toutes les erreurs et tous les prétextes de ceux qui les combattaient.

Il est vrai que dans les deux dernières assemblées générales du clergé qui avaient été tenues à Paris, l'une en l'année 1645 et l'autre en l'année 1650, les évêques s'étaient en quelque façon réveillés de cet assoupissement touchant le jugement des causes qui regardaient leurs personnes, dans l'arrêté qu'ils firent où ils conclurent qu'aucun évêque du clergé de France n'accepterait plus à l'avenir de commissions particulières sur de simples brefs contre les règles de l'Église et les décisions des conciles, et dans la déclaralion qu'ils en firent à M. le nonce. Mais ils n'avaient encore rien fait pour se relever de l'oppression qu'ils souffraient dans ce droit de connaître comme juges légitimes des causes majeures touchant la foi et la doctrine de l'Église. Car le refus qu'ils avaient fait en l'année 1650 de se rendre aux propositions de M. l'évêque de Vabres, lorsque dans l'affaire des cinq propositions il avait voulu les faire entrer dans cette conspiration si contraire à leur autorité et à ce droit, et dans laquelle il avait enveloppé un très grand nombre de prélats, s'était passé sans éclat et d'une manière trop secrète pour en tirer aucun avantage contre ce nouvel abus dont on voulait faire une loi. Au contraire, cette union dans laquelle les évêques qui souscrivirent sa lettre et celle de M. Tévèque d'Autun au pape pour lui demander son ju-

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