‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 156 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

comme quelques-unes d'elles soutenaient quelquefois le parti de son évêque, elles le réduisaient ou à se taire, ou à dire des choses indignes de sa profession. M. Taignier, qui en était fort instruit, l'a ainsi laissé dans ses mémoires^ et ce fait est si certain d'ailleurs qu'il est impossible d'en douter. Les Jésuites dont il était l'émissaire ne s'emportaient pas moins que lui contre cet acte. Ils soutenaient, aussi bien que M. Charton, pénitencier, M. Morel et M. Grandin, que ce doyen avait consultés, que M. deBeauvais avait fait paraître plus de passion que de zèle et d'amour pour l'Église; que les chanoines pouvaient faire un acte contraire au sien, et quoiqu'on leur remontrât que ce chapitre n'avait nulle juridiction, nulle paroisse et nul peuple dépendant de lui, au lieu que M. Tévêque de Beauvais avait la juridiction entière et absolue sur tous les peuples de son diocèse ; qu'ils n'avaient jamais rien fait de semblable, ni eux ni leurs prédécesseurs, et qu'ainsi c'était une entreprise folle et extravagante ; ces docteurs ne laissaient pas de maintenir cette fausse opinion à laquelle ce chapitre s'arrêta.

Quelques-uns allaient j usqu'à dire , par un outrage encore plus grand et plus criminel que cette entreprise même, que c'était une rencontre toute extraordinaire, dans laquelle s'agissant des intérêts de l'Église en général et de la conservation de la foi, tout chapitre avait droit de s'élever contre son évêque^ comme avaient fait autrefois leurs prédécesseurs contre le cardinal de Châtillon*, évêque de Beauvais, lorsqu'il était entré dans le parti de Calvin, sans attendre que le concile de Reims fût assemblé contre lui pour le déposer, et qu'ainsi ils avaient droit de faire des mandements et des actes de cette nature pour s'opposer à leur prélat, que l'on voyait favoriser des ecclésiastiques qui soutenaient les hérésies condamnées par le pape. Mais il n'y avait rien de si injuste que de faire de telles plaintes contre ces ecclésiastiques, puisque non seulement ils avaient fait une protestation et une déclaration publiques de leur foi, qui était insérée dans leurs registres capitulaires, par laquelle il était constant qu'ils étaient très catholiques et condam-

1. Odet de Goligny, cardinal de Ghâtillon (1515-1S71), frère de l'amiral. Quoique diacre et évêque de Beauvais, il embrassa le calvinisme en 1563, et se maria.

naient toutes les hérésies contenues dans les cinq propositions censurées par la bulle d'Innocent X ; mais même on savait que l'un d'eux ^ venait d'écrire depuis deux ans contre Labadie, et que dans toute la suite de cette affaire, qui a duré plus de vingt ans, on n'a jamais pu marquer en détail la moindre erreur qu'ils eussent enseignée ou en public ou en particulier, quoique pendant tout ce temps-là ils n'aient pas cessé de prêcher devant tout le monde en présence de ces chanoines calomniateurs, et quelquefois même à leur prière. Et quand on faisait réflexion sur la vie et sur la conduite de M. de Beauvais, qui assistait tous les jours à la grand'messe dans sa cathédraleet la célébrait tous les jours dans sa chapelle, et remplissait en toutes choses les devoirs d'un bon évêque avec une application infatigable, on ne pouvait souffrir qu'ils fissent une injure aussi atroce à leur évêque dont la foi très pure, la doctrine très orthodoxe, et la vie très exemplaire étaient aussi éloignées de la vie et des erreurs du cardinal de Châtillon que le ciel l'est de Tenfer. Et en effet leur injustice n'était pas moins grande en cette rencontre que l'aurait été autrefois celle des Ariens s'ils eussent reproché à saint Eusèbe de Samosate, l'un des plus généreux défenseurs de la doctrine de la Trinité, d'être du nombre des hérétiques, ou du moins d'être suspect dans la foi, à cause que Paul de Samosate, l'un de ses prédécesseurs était autrefois tombé dans l'hérésie. Aussi ils furent couverts de confusion par leurs propres amis qui leur imposèrent silence sur ce point, et les obligèrent d'en demeurer à cette voie de fait qui était de continuer leurs entreprises dans l'espérance d'une entière impunité et de la protection qu'ils avaient lieu de s'en promettre au préjudice de ce qu'il y avait de plus saint et de plus inviolable dans l'Église.

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