CHAPITRE m
Cabales excitées dans Paris contre la lettre pastorale de M. l'archevêque de Sens.
Les Jésuites de Paris ayant reçu cette lettre par les mains
de leurs confrères de Sens la communiquèrent aussitôt à
M. Cornet, qui était l'âme et le conducteur de toute l'intrigue,
et à leurs autres émissaires de cette fameuse Université.
lomme ces docteurs avaient déjà l'esprit prévenu de l'or-
lonnance de M. Tévêque de Beauvais qu'ils venaient d'exa-
liner, ils ne purent lire cette lettre qu'avec beaucoup de
jolère et d'indignation, parce qu'elle leur parut tout autre-
lent contraire à leurs intentions [que cette ordonnance].
Jt quoiqu'il n'y eût rien ni dans l'une ni dans l'autre qui
^e méritât d'être approuvé de tous ceux qui avaient tant
>it peu d'équité et de justice, ils ne laissèrent pas néan-
loins de les décrier comme des pièces contraires à la cons-
itution, et qui n'avaient été faites que pour rendre la cen-
1 Suit une analyse, toujours au style indirect, de la Lettre pastorale de Gondrin, imprimée avec la bulle (15 p. in-4''). Il y avait au is. quelques lignes sur le jugement malveillant que portèrent les ^suites et quelques Capucins lecteurs de celle lettre pastorale. Ces [nés ont été barrées.
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sure des cinq propositions nulle, et pour ruiner le jugement du Saint Père. Dans cet esprit, ils la portèrent aussitôt à M. le nonce, afin qu'il en procurât la censure, et lui donnèrent des mémoires qui tendaient à faire concevoir au pape combien elle était contraire à son autorité *.
Il y en eut d'autres qui allèrent plus avant, et qui publièrent que cette lettre ruinait le fait et le droit de la constitution ; le fait, en ne disant pas un seul mot de Jansénius d'où ces propositions avaient été tirées ; et le droit, en déclarant que le pape n'avait pas observé les règles des jugements ecclésiastiques, et en Taccusant d'avoir censuré ces propositions avant que les évèques de France les eussent examinées entre eux dans une assemblée juridique, ce qui étant nécessaire n'avait pas dû être omis dans une rencontre si célèbre, et par conséquent mettait une nullité essentielle dans le jugement de Sa Sainteté. Qu'elle détruisait le fait en ce que ce n'était pas à un évêque de la qualité de M. de Sens à révoquer en doute ce qui était énoncé dans la constitution du pape touchant Jansénius pour le passer sous silence ; que c'était assez à ce prélat pour en être convaincu que le pape en eût parlé en la manière qu'il avait fait dans sa constitution, et qu'après cela il devait s'y rendre en fermant les yeux; mais qu'il était constant que le livre de cet auteur avait été examiné à Rome dès le temps d'Urbain VIII, avant qu'il eût fait publier sa bulle. Qu'ainsi elle réduisait à rien la censure des cinq propositions, puisqu'elle ne la réduisait qu'aux seuls termes qui la composaient et qui, étant équivoques, ambigus, vagues et indéfinis, comme elle les représentait, ne formaient aucun sens qui pût être arrêté et déterminé, ce qui était directement contraire à la lettre de l'assemblée. Que c'était une entreprise téméraire de condamner le procédé du pape comme cette lettre faisait, quoique personne ne pût révoquer en doute que Sa Sainteté, occupant le premier siège et étant le chef visible de l'Église, ne pouvait pas même être jugée par les conciles, et bien moins encore par les évêques eu particulier; de sorte que l'on pouvait dire qu'il n'y avait rien de plus insupportable que cette lettre, qui était une condamnation manifeste de la constitution dans toutes ses lignes,
1. Ici encore se trouvaient quelques ligues, barrées ensuite, sur Tappréciatiou de cette lettre par les docteurs molinistes.