‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 162 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

quoique le prélat qui en était l'auteur affectât en apparence de lui donner des marques de sa soumission et de son respect. Ce fut sur cette misérable critique qu'on bâtit tous les mémoires qui furent présentés à M. le nonce en lui déférant cette lettre.

Mais comme l'on eut appris que c'était là les principaux chefs de cette accusation, il y eut quelques docteurs qui ayant la vérité dans le cœur et sur les lèvres firent voir sur le champ à quelques-uns de ces accusateurs, ou qu'ils n'avaient pas lu la lettre pastorale dont il était question, ou que s'ils l'avaient lue^ ils en détruisaient la vérité, sur ce qu'elle était plus que suffisante pour répondre à chaque point de leur accusation. Qu'il n'était pas nécessaire qu'elle parlât du fait de Jansénius, puisqu'elle condamnait les propositions dans les mêmes termes que le pape les avait exprimées dans la constitution; et que, soit qu'elles fussent de Jansénius ou qu'elles n'en fussent pas, cette circonstance ne faisant rien à la validité du jugement, il demeurait dans son entier par la publication que ce prélat en ordonnait. De plus, que selon la doctrine constante de toute l'Église, n'y ayant nulle infaillibilité dans les faits, M. l'archevêque avait pu omettre celui de Jansénius dans sa lettre sans commettre aucune faute et sans manquer de respect envers le Saint Père, étant certain que le silence en ce point était une marque véritable du respect que l'on avait pour celui qu'on reconnaissait avoir failli dans le fait. Que non seulement un évêque pouvait révoquer en doute la vérité d'un fait décidé, mais que tous les particuliers qui avaient de la' science et de la raison le pouvaient aussi sans manquer à leur devoir, pourvu qu'ils se continssent dans les bornes d'une juste modération, comme avait fait M. de Sens dans sa lettre; que dans le fond, il n'était pas véritable que l'on eût jamais examiné le livre de Jansénius, ni du temps d'Urbain VIII qui n'en avait fait qu'une simple prohibition sur l'exposé qu'on lui fit qu'il renouvelait les erreurs de Baïus condamnées par les papes ses prédécesseurs; ni de celui d'Innocent X, puisqu'il avait expressément défendu aux députés pour la cause de saint Augustin de parler jamais de Jansénius en quelque manière et sous quelque prétexte que ce fût, ce qu'ils avaient depuis gardé fort religieusement.

Que pour ce qui concernait le droit, M. de Sens avait pleinement satisfait à tout ce que le pape pouvait désirer de lui, puisqu'il avait fait publier la constitution ; qu'il avait ordonné qu'on la reçût et qu'on s'y soumît sincèrement dans toute l'étendue de son diocèse; qu'il avait fait défense de prêcher ni d'enseigner la doctrine précisément condamnée par cette constitution, et qu'il s'était conduit en ce point comme les évêques de l'assemblée du Louvre avaient fait dans leur lettre circulaire, qui était tout ce que le Saint-Père pouvait exiger de lui dans cette rencontre.

Qu'en se réduisant aux seuls termes des propositions, il s'était aussi conformé en cela à la lettre circulaire des évêques ; qu'il était vrai qu'il n'avait pas suivi le style et la manière de la lettre de M. l'archevêque de Toulouse au pape; mais qu'il était visible que ce prélat s'était écarté de la généralité de ces mêmes termes contre l'arrêté de l'assemblée et contre ce que quelques prélats avaient remarqué, quoique l'auteur de la même lettre eût cru ne devoir point avoir d'égard à leurs raisons au préjudice de quelques intérêts cachés qui l'avaient fait agir contre ses lumières. Mais que ce n'était pas un défaut que l'on pût légitimement imputer à M. l'archevêque de Sens, de n'avoir pas voulu s'engager dans les raisons et les intérêts de M. l'archevêque de Toulouse, et d'avoir mieux aimé suivre les avis et les instructions qui lui étaient donnés dans la lettre circulaire, qui contenait sans doute les intentions de l'assemblée, que celle de M. de Toulouse et de ceux qui étaient dans les mêmes engagements que lui. Que les termes d'ambiguës, d'équivoques, de générales, de vagues et d'indéfinies dont il s'était servi étaient dans la bouche de tout le monde et avaient été soutenus devant le pape de vive voix avant la constitution; qu'ils n'empêchaient nullement que ces propositions n'eussent un sens particulier, savoir celui qui était enfermé dans les termes précis qui le composaient, selon que l'assemblée elle-même l'avait reconnu; maisqu'on nepouvaitleprendreautrementsansabuser de la constitution et en faire une application que ni le pape ni les évêques n'avaient pas voulu faire, étant certain qu'il n'y avait pas d'autre hérésie que celle qui était enfermée dans ces mêmes propositions. Qu'il n'y avait rien de plus ridicule que d'accuser ce prélat d'avoir condamné le procédé du pape par sa lettre,

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