LIVRE X
maisons de leur ancienne demeure, le Père Des Mares à l'hôtel de Liancourt, M. de La Lane au faubourg de Saint- Germain, MM. de Saint-Amour et Manessier en Sorbonne.
Dès le lendemain, ces deux derniers y parurent avec leurs robes et leurs bonnets, et y vaquèrent à toutes les fonctions de docteur. Ceux qui étaient de concert avec les Jésuites pour les décrier par ces faux bruits furent surpris de les voir aussi peu changés que s'ils fussent toujours demeurés dans leurs chambres, aller la tète levée, et recevoir toutes les visites qu'on leur faisait. Mais ils furent encore bien plus étonnés d'apprendre qu'ils ne dissimulaient rien de la
érité de l'histoire de leur négociation ; que quelques précautions qu'ils eussent pu prendre contre la force de cette vérité pour la rendre inutile, ils voyaient qu'elle s'établissait par leurs relations, et que tant de mensonges qui s'étaient publiés de toutes parts pour l'obscurcir tombaient et se dissipaient d'eux-mêmes.
Les plus échauffés, comme MM. Morel et Le Moine et ceux de leur faction, disaient sourdement que la maison de Sorbonne ne devait pas souffrir davantage des hommes qui, ayant été assez hardis pour soutenir des hérésies devant le pape, venaient d'être condamnés par la censure qu'il en avait faite ; ils s'efforçaient par leurs invectives de gagner les indifférents et de les porter à éclater enfin contre eux en les faisant exclure de la société. Mais plus ils s'emportaient à les déchirer, plus les autres demeuraient dans la modération et dans la réserve ; ils représentaient sagement à ces théologiens évaporés qu'on ne devait rien entreprendre contre des docteurs de ce mérite, qui étaient partis de Rome avec la bénédiction du pape, comblés de louanges, de grâces et d'indulgences; que la maison de Sorbonne pouvait bien les recevoir comme ses membres et ses enfants après que le pape avait témoigné si authentiquement être satisfait de leur conduite et de leur foi, selon que M. l'ambassadeur l'avait mandé au roi et à M. le cardinal Mazarin. Et qu'au surplus, comme ils condamnaient les mêmes hérésies que le pape avait condamnées, c'était assez pour les mettre à couvert de toutes leé disgrâces qu'on leur voudrait procurer. Ces remontrances rendirent inutiles toutes les calomnies et les sollicitations injustes de ces docteurs
partisans de Molina, et ces deux confrères dont ils avaient
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conjuré le déshonneur et la ruine furent reçus avec toute la joie et tout l'honneur qu'ils méritaient par ceux mêmes qui ne s'étaient pas engagés dans leurs intérêts.
Mais ces docteurs emportés, voyant que leurs calomnies ne produisaient point en Sorbonne l'effet qu'ils s'étaient proposé, ils les répandirent au dehors, et les décrièrent chez le roi et chez les plus grands du royaume comme des hommes qui travaillaient à ruiner la censure des cinq propositions. Et quoiqu'ils fussent convaincus par le témoignage de M. l'ambassadeur qu'il était très vrai que le pape leur avait fait cette déclaration, ils ne laissèrent pas d'assurer que ces deux théologiens ne débitaient en cela que des mensonges, et qu'ils n'avaient d'autre but que de faire perdre à la constitution tout le respect et toute l'estime qu'elle méritait de recevoir. Les Jésuites, s'étant joints avec eux, entassaient calomnies sur calomnies pour les rendre odieux aux puissances, et se déclaraient contre eux d'une manière si ouverte, que les amis que M. de Saint-Amour et les autres avaient à la cour leur donnaient tous les jours des avis de se tenir sur leurs gardes, parce qu'ils avaient des ennemis très puissants qui tâchaient continuellement de les perdre, et qui sans doute en pourraient venir à bout. Mais comme il était nécessaire pour soutenir et confirmer l'honneur et la gloire de leur réputation qu'ils tinssent ferme et qu'ils parussent devant leurs ennemis pour les réfuter, ils fermaient l'oreille à tous ces avis et ne craignaient point de déclarer en toute rencontre que le pape les avait assurés qu'il n'avait voulu en rien du monde préjudicier à la doctrine de saint Augustin, l'ayant toujours considérée comme la doctrine du Saint-Siège, et qu'il n'avait condamné les cinq propositions que sur ce qu'eux-mêmes lès avaient condamnées en sa présence de vive voix et par écrit. Mais surtout qu'il leur avait fait défense de ne parler jamais de Jansénius, ce qu'ils avaient très religieusement observé. Ils jugeaient bien que sMls disparaissaient leurs calomniateurs seraient plus hardis à soutenir comme ils faisaient qu'ils avaient défendu le livre de Jansénius dans les cinq propositions censurées, et que l'exception qu'ils soutenaient que le pape avait donnée à la doctrine de saint Augustin n'était nullement véritable, selon que M. Hallier le eur avait mandé. Et en effet il n'y avait que M. de La Lane