‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 165 sur 510 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

letour des théologiens députés pour la défense de la cause de saint Augustin; et ce qui se passa à Paris sur leur sujet.

Comme les Jésuites et leurs partisans avaient fait courir le bruit que les théologiens députés pour la défense de la 5ause de saint Augustin étaient partis de Rome sans pren- Ire congé du pape et des cardinaux, dans l'obscurité de

nuit et dans un étrange désordre, ils assurèrent aussi [u'ils se cacheraient à leur retour à Paris pour se garantir le la confusion qui sans cela leur serait inévitable, et de ►eur d'être maltraités pour les erreurs qu'ils avaient eu la lardiesse de soutenir en présence de notre Saint Père.

Ayant trouvé à Venise M. Du Plessis Besançon, qui y était >ccupé de négociations extraordinaires et importantes pour le service du roi vers les princes d'Italie^ il leur conseilla

de passer par les Suisses pour y voir la fameuse ville de Bâle, et de se rendre à Dijon par la Franche-Comté. Mais les Jésuites avaient déjà pris le soin de publier dans toutes les routes considérables par où ils devaient passer les mêmes discours que les adversaires de ces docteurs avaient tenus d'eux à Paris, soit qu'ils crussent que par leurs calomnies et par leurs intrigues ils porteraient les peuples à les insulter publiquement, soit qu'ils se persuadassent que les puissances dont ils disposaient ne souffriraient jamais qu'ils demeurassent dans la même liberté dont ils avaient joui avant leur députation, soit qu'ils voulussent seulement les intimider, afin de vérifier en se cachant* les bruits que l'on avait répandus contre eux. La plupart des lettres qui venaient de Dijon et des autres villes voisines et de celle de Lyon ne parlaient que des mauvais partis dont ils étaient menacés, la malice de leurs ennemis s'étant étendue jusqu'à ce point que de dire qu'on pourrait les arrêter prisonniers, ou dans Paris, ou dans les villes de leur passage, parce qu'on les regardait comme les principaux du parti. Et certainement l'on ne doit pas trouver étrange que les Jésuites employassent ce stratagème pour flétrir l'honneur de la négociation de ces députés, et les empêcher par leur présence de ruiner tous les faux bruits que l'on avait publiés dans Paris pendant leur absence. Il était de leur intérêt d'empêcher que tant de faits particuliers qui s'étaient passés dans cette affaire, et qu'ils avaient obscurcis par de fausses relations, ne vinssent à la connaissance de tout le monde quand ces théologiens se produiraient dans les compagnies où ces Pères avaient fait tout ce que la prudence du siècle peut suggérer à des hommes politiques qui n'épargnent ni les calomnies ni les mensonges pour arriver à leurs fins ; et ainsi c'eût été leur avantage de faire en sorte que la violence ou la crainte les mît hors d'état de se trouver dans les conversations des honnêtes gens. Mais ces députés, qui s'apercevaient du stratagème, laissèrent dans Dijon les chevaux qu'ils avaient pris à Padoue, et se rendirent à Paris le 17 septembre environ, sur les quatre heures du soir, avec quelques-uns de leurs amis qui étaient allés au devant d'eux. Ils se retirèrent ensuite chacun dans les

1. C'est-à-dire démontrer par leur attitude la vérité de ces bruits; vérifier signifie ici rendre vrai ou vraisemblable.

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