‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 168 sur 510 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Persécution excitée dans la congrégation de la Propagation de la foi contre les sieurs Buisson et Kellis, prêtres.

La nouvelle constitution du pape était d'un si grand usage que les partisans de Molina l'employaient en toutes rencontres. Nous avons vu la joie que M. Colombet ', curé de Saint-Germain de l'Auxerrois, en avait témoignée publiquement. Il voulut encore la faire servir dans une affaire où son zèle plein de ténèbres et d'amertume, et qui se termina enfin à la perte entière de son sens et de son esprit, lui fit prendre plus de part qu'il ne devait. Il avait déjà causé un très grand scandale dans sa paroisse quand il avait retranché du nombre de ses habitués MM. Buisson, Kellis et Gombauld sous le faux prétexte du jansénisme, quoiqu'ils fussent connus de tout le monde comme des prêtres d'une vie irréprochable et d'une foi très orthrodoxe. Mais ne se contentant pas de cet excès, il en voulut commettre à leur égard un tout nouveau, qui fut si surprenant et si étrange qu'il pouvait passer pour le couronnement de tous les autres.

Il y avait dans Paris une assemblée célèbre qu'on appelait la congrégation de la Propagation de la foi, où tous ceux qui avaient du zèle pour la conversion des hérétiques faisaient gloire d'entrer afin d'avoir quelque part au mérite d'une si sainte action. MM. les curés de Saint-Germain et de Saint-Sulpice s'y étaient enrôlés depuis quelque temps, moins dans la vue de contribuer à la conservation de cette pieuse compagnie, que dans le dessein de troubler son re-

1. Pierre Colombet, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois en 1633, résigna sa cure à son neveu Antoine Colombet en 1657.

pos, de la calomnier et de la détruire, comme enfin ils en sont venus à bout par leurs intrigues. Le principal moyen dont ils résolurent en y entrant de se servir pour cela était d'en exclure ceux qu'ils accusaient de jansénisme, de les empêcher d'y être reçus, de s'opposer par leurs intrigues à la continuation de ses principaux officiers, qu'ils disaient en être infectés, et de s'établir eux-mêmes dans ces charges par leurs factions et parleurs brigues.

Ce dessein éclata visiblement, dès qu'ils y furent entrés, par le trouble dont ils remplirent cette compagnie et par les faux rapports qu'ils faisaient à ceux qui la pouvaient détruire. 11 est vrai que la connaissance des excès qu'ils avaient commis dans les fonctions de leur ministère, jointe aux avis que quelques-uns donnaient qu'ils étaient eux seuls capables de susciter plus d'affaires à la compagnie que tout le reste des particuliers ensemble et que leurs ennemis même les plus déclarés, portèrent d'abord les plus sages à représentera leurs amis que la congrégation devait tout appréhender d'eux, et se conduire avec beaucoup de circonspection et de sagesse dans leur réception. Mais Dieu, dont la conduite est cachée aux hommes, permit qu'ils y fussent reçus pour exercer ses serviteurs et pour récompenser la compagnie, dans la persécution qu'ils devaient attirer sur elle, de tous les services qu'elle avait rendus à son Église depuis son établissement.

MM. Buisson et Kellis s'étant présentés ensuite pour y être reçus, et n'agissant dans cette poursuite qu'à la sollicitation de quelques-uns des suppôts de cette compagnie, qui cherchaient uniquement des sujets dignes de la remplir, ces deux curés ne manquèrent pas de se déclarer contre eux comme contre deux jansénistes, et de s'opposer à ce qu'on fît aucune proposition pour leur entrée. Ceux qui aimaient la paix et qui étaient convaincus de la foi et de la vertu de ces deux ecclésiastiques leur représentèrent que ces deux prêtres ne pouvaient être coupables d'aucune hérésie, puisqu'ils condamnaient hautement les cinq propositions que le pape avait censurées par sa constitution, et qu'ils faisaient la même profession de foi que celle qui était prescrite par le concile de Trente ; qu'ils étaient habitués dans la paroisse de Saint-Jean, dont le curé, étant clairvoyant et orthodoxe, les aurait exclus s'il avait trouvé à redire ou à leur foi ou à

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