LIVRE X
leurs mœurs ; que ce serait commettre une très grande faute contre lui, principalement dans la charge que M. l'archevêque de Paris lui avait donnée sur toute la compagnie, que de rejeter la proposition de ces deux sages ecclésiastiques; qu'il fallait les recevoir par ce seul respect quand même leur mérite n'y aurait pas été joint, et leur donner des commissaires pour informer de leur vie, de leurs mœurs et de leur foi, et s'en rapporter à l'information qu'ils en auraient faite. Des remontrances si équitables ne firent nulle impression sur l'esprit de ces deux curés, ni sur le petit nombre de ceux qu'ils avaient attirés à eux, et qui pour la plupart étaient dans leur dépendance; mais au contraire ils prirent la résolution de les déférer à M. l'archevêque de Paris comme des prêtres suspects d'erreur et rebelles à la constitution du pape et à son mandement. Mais comme ce prélat avait été informé de la foi et de la sagesse de ces deux ecclésiastiques, il ne se laissa pas surprendre parleurs calomnies, et tous leurs efforts ne purent pas le détourner de donner ses ordres pour leur réception, sans s'arrêter à leur opposition ni à leurs cris. Mais ils eurent si peu de respect pour cette ordonnance qu'après avoir soutenu qu'il avait été surpris, ils firent entendre à la cour parles Jésuites, et [par] leurs émissaires à ceux qui avaient l'autorité, que les disciples de saint Augustin se voulaient rendre maîtres de cette congrégation pour y établir leurs erreurs, et qu'elle était sur le point de procéder à la réception de deux des principaux d'entre eux, qui avaient été chassés de l'église de Saint-Germain pour la seule raison de jansénisme.
Ces intrigues produisirent aussitôt des allées el des venues vers l'archevêque de Paris, qui soutint d'abord les ordres qu'il avait donnés et déclara qu'il ne les révoquerait pas. Mais comme on lui eut dit que le roi, la reine, et M. le cardinal Mazarin prenaient une grande part dans cette affaire, et qu'on lui eut proposé qu'il y allait de son autorité, parce que M. Loisel, curé de Saint-Jean, butait à se rendre maître absolu dans cette congrégation, il leur accorda un acte révocatoire de cet ordre, en date du 17 septembre, adressé à ceux de cette même compagnie, pour en exclure ces deux ecclésiastiques. Mais comme tous les particuliers les plus désintéressés avaient appris que ces deux
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curés cabalaient de tous côtés, et que même on les avait avertis par des émissaires supposés qu'il viendrait des lettres de cachet qui leur ordonneraient de surseoir à cette réception jusqu'à nouvel ordre, ils ne furent nullement surpris de la signification de cet acte et prirent le parti de l'exécuter. Ensuite ils firent comprendre à M. l'archevêque le préjudice qu'il faisait à son autorité par un acte de cette nature, et le tort que leur compagnie en recevait. Ils justifièrent devant lui ces deux ecclésiastiques des crimes que M. le curé de Saint-Germain leur imposait; ils le conjurèrent du moins de vouloir leur donner audience en présence de ceux qui les accusaient pour les confondre devant lui. Ce prélat leur ayant donné une audience favorable se rendit à toutes leurs remontrances, et comme il était pleinement informé du mérite de ces deux ecclésiastiques, il assura la compagnie que cet acte du 17 qu'il lui avait adressé lui avait été comme arraché des mains, non pour la priver de sa liberté, mais seulement pour attirer à lui la connaissance et la discussion de cette affaire, et leur promit de faire savoir ses intentions à leur compagnie par un autre acte qu'il leur enverrait.
C'est ce qu'il fit le 23 du même mois par un acte adressé à M. Loisel, docteur en théologie de la maison et société de Sorbonne, chanoine chancelier de l'Eglise et de l'Université de Paris, son vicaire général pour présider aux assemblées de propaganda fide et y représenter sa personne. Il déclarait dans cetacte si plein de justice que bien que les puissantes instances qui lui avaient été faites le mercredi 17 du même mois, tendant à exclure absolument de cette congrégation les personnes des sieurs Buisson et Kellis, ecclésiastiques, eussent tiré de lui un acterévocatoire des ordres qu'il avait fait donner pour leur réception, et qu'il n'eût accordé cet acte qu'aux fins seulement d'attirer à lui la connaissance et la discussion du différend mû en cette congrégation pour raison de la dite réception, et de donner par ce moyen aux esprits de quelques-uns peu charitables [le] temps de retourner à eux et de considérer qu'après la publication de la constitution de notre Saint Père le pape, tous devaient vivre en unité de cœur et d'esprit; cependant, ayant reconnu que ces esprits, non contents des assurances qu'il leur avait données et fait donner que son soin pastoral ne