‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 184 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

treprendre sous la protection du cardinal Barberin, et par le soin que le sieur Albizzi, bouclier de leur compagnie, prenait sans cesse qu'il ne vînt rien à la connaissance du pape de tous les excès qu'ils commettaient tous les jours. On mandait aussi que le pape se rendait formidable à tout le monde, et que les siens mêmes n'étaient pas exempts de sa mauvaise humeur, quoiqu'il eût tout sujet d'être satisfait, ^Duisque la principale affaire qu'il avait eue sur les bras, et ^^Hk)ur laquelle il avait eu tant d'appréhension qu'elle ne lui ^^fetombât sur lui-même, lui réussissait si bien de toutes ^^Barts par la soumission que l'on rendait à sa constitution. ^^bn attribuait ce chagrin ou à ses incommodités naturelles, ^^ou au déplaisir qu'il avait de ne pouvoir obtenir quelque chose qui lui fît honneur dans l'affaire de l'emprisonnement du cardinel de Retz, où le Sacré Collège avait tant d'intérêt, et qu'il poussait depuis tant de temps sans rien avancer.

Ce fut dans cette conjoncture que M. Hallier et ses deux collègues terminèrent le cours de leurs intrigues par une audience de congé que le pape leur donna sur la fin de ce mois. Leurs partisans mandèrent en France qu'ils avaient été bien régalés de Sa Sainteté pour avoir si fort travaillé pour l'Église, et l'avoir purgée parleurs soins des nouvelles doctrines qui s'y introduisaient. Ils ajoutaient que M. Hallier emportait un bon bénéfice et la nomination de Sa Sainteté pour l'évêché de Toul, et que ses collègues étaient couchés sur le grand livre de la daterie pour les bénéfices vacants durant six mois.

Ils parl[èr]ent aussi de quelques médailles dont Sa Sainteté leur avait fait présent afin de leur donner encore ce témoignage de sa bonne volonté pour eux. Sur quoi M. de Saint- Amour reconnaît dans son Journal qu'il est certain que le médailler du pape, en faveur et à l'occasion de la nouvelle constitution, fit une nouvelle empreinte de médailles dans laquelle d'un côté était le portrait du pape et de l'autre un Saint Esprit avec cette devise : Replevit orbem terrarum. Mais il dit que de savoir s'ils avaient reçu de ces médailles de Sa Sainteté ou s'ils les avaient achetées chez le médailler, c'était une chose fort incertaine par les lettres que l'on en avait écrites pour satisfaire à la curiosité qu'il avait eue luimême de s'en éclaircir.

Ils partirent donc de Rome, et ayant pris chemin par les Grisons, M. Hallier et M. Lagault* arrivèrent malades à Coire, qui en est la capitale, au commencement du mois d'octobre. Ce lieu est situé entre des montagnes au milieu desquelles il y a une petite plaine assez grande pour le pays, et il est bâti au pied d'une de ces montagnes sur son penchant vers cette plaine. La ville est toute possédée et régie par ceux de la religion prétendue réformée, et Téglise et l'évêché^ et une petite quantité de maisons qui font comme une espèce de cloître dans lequel habitent tous les catholiques de l'un et de l'autre sexe, sont bâtis sur cette montagne en un endroit éminent plus haut que la ville. Il y a des capucins dont l'évêque recevait alors un grand secours pour desservir son église.

La maladie de M. Lagault ne fut pas de longue durée, et la Providence permit qu'étant né à Paris, il mourût à Coire. On lui fit un service aussi solennel que le lieu pouvait le permettre. Un capucin fit son oraison funèbre, prit pour texte ces paroles du prophète Zacharie : ubi sunt 'patres vestri; à l'occasion desquelles il dit qu'il voulait traiter de l'état des âmes séparées des corps, non pas en général, mais en particulier de celle de ce docteur qui méritait véritablement, disait-il, le nom de père, parce qu'il avait été le père des pauvres par les aumônes qu'il avait faites, le père des misérables par le secours qu'il leur rendait en cette grande extrémité; et un Père même de l'Église, comme il l'avait témoigné durant sa vie, tant par ses doctes écrits que par ses autres talents; mais principalement dans sa dernière légation vers Sa Sainteté, devant laquelle il avait défendu la cause de l'Église avec tant de zèle qu'il avait triomphé de ses ennemis les Jansénistes. Il dit donc qu'il fallait voir en quel lieu il faudrait chercher ce Père ; qu'il n'y en avait que trois où les âmes pussent être retirées : l'enfer, le paradis, le purgatoire; qu'il ne fallait pas chercher l'âme de ce Père dans le premier de ces lieux parce qu'il n'avait pas fait les œuvres qui y conduisent; qu'il fallait donc le chercher en paradis, duquel ses bonnes œuvres lui avaient fait prendre le chemin. Mais qu'attendu qu'il était malaisé que durant sa vie il n'eût commis quelques petits péchés véniels, il

\. Jérôme Lagault, docteur de Sorbonne et compagnon de MM. Hallier et Joysel à Rome, mourut, comme on le voit, en 1653.

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