‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 185 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

fallait le chercher en purgatoire où il était purifié et d'où il exhortait un chacun d'aider à le retirer par des prières.

Sa bière était couverte d'un drap noir autour duquel il y avait des tètes de mort peintes sur du papier qu*on y avait attachées, et au haut duquel il y avait un cœur peint en rouge pareillement sur du papier. Il fut enfin enterré dans cette église épiscopale parmi les chanoines, où il repose en attendant l'éternité.

L'indisposition de M. Hallier le retint encore quelques jours à Coire, et M. Joysel continua cependant son chemin vers Paris avec le reste de la compagnie avec laquelle ils étaient tous arrivés à Coire. Ils passèrent tous à Genève et vinrent ensuite à Lyon, où M. Hallier ne s'épargna point lorsqu'il y fut arrivé après les autres.

Il avait été surpris dès son entrée dans la France d'entendre parler d'une manière avantageuse des députés pour saint Augustin et de ce que toutes les lettres qu'il avait pris soin d'écrire de Rome pour relever sa députation et pour rendre la leur odieuse avaient fait si peu d'effet par les chemins. Et comme il remarquait dans tous les lieux où il passait qu'on les estimait selon leur mérite, il prit la résolution de les flétrir pour jamais en renouvelant les faussetés qu'il avait mandées. Il dit qu'ils avaient été en haine et en détestation dans Rome à cause des erreurs qu'ils y voulaient établir; que le Saint-Père, les cardinaux et les autres officiers de sa cour n'avaient pu les souffrir ; qu'ils avaient employé des sommes immenses pour acquérir de l'estime et pour gagner les esprits de ceux qui avaient part à l'afïaîre qu'ils étaient venus défendre, et pour les pervertir et les corrompre ; que cette manière d'agir les avait rendus odieux à tous les gens de bien qui en avaient eu connaissance. Que tous les ordres religieux à qui ils s'étaient adressés pour les attirer à leur parti les avaient rebutés et s'étaient bien donné de garde de les écouter ; que les Dominicains, qui les avaient reçus le plus favorablement, avaient tout sujet de se repentir du secours qu'ils leur avaient donné et de l'union qu'ils avaient eue avec eux; que le pape leur en voulait beaucoup de mal et qu'ils avaient perdu la meilleure partie du crédit qu'ils avaient avant cela auprès de lui ; qu'ils éprouveraient à leur perte le déplaisir qu'ils lui avaient causé, que leur prédétermination serait condamnée aussi

bien que les erreurs de Jansénius ; que tous les autres partisans de ces députés, quoiqu'il y en eût très peu qui se fussent liés avec eux, expérimenteraient quel mal c'était que de s'être engagés dans le parti de ces hérétiques si pernicieux à l'Église, qui abolissaient la plupart des sacrements, particulièrement celui de la pénitence et de l'ordination, et qui soutenaient que le caractère qui s'imprime dans quelques sacrements n'était qu'une chimère; qu'ils dégradaient les prêtres et les réduisaient à Tordre des laïques par leur prétendue pénitence qu'ils leur imposaient^ et qu'il en connaissait quelques-uns qu'ils avaient traités de la sorte contre toutes les règles de l'Église ; qu'il avait porté de leurs thèses à Rome où ilsavaient inséré ces propositions d'une manière adroite pour surprendre ceux à qui ils les avaient présentées pour les approuver ; que tous ceux qui les avaient lues dans Rome et qui en avaient entendu parler avaient reconnu les maux dont l'Église était menacée s'ils ne prenaient cette occasion qui avait fait naître la constitution pour les condamner; que c'était pour cela même que lui et ses deux collègues avaient été si bien reçus du pape et de toute sa cour, et qu'on les regardait comme les défenseurs de la foi orthodoxe, et leurs adversaires comme les protecteurs de l'hérésie, quelque soin qu'ils prissent de faire entendre qu'ils n'avaient jamais soutenu ni enseigné les propositions, et qu'ils feignissent de les détester dans tous les «ens hérétiques qu'elles pouvaient avoir ; que lui et ses collègues avaient voulu souvent entrer en conférence avec eux ; mais que jamais ils n'avaient osé s'y résoudre parce qu'ils savaient bien qu'ils n'y auraient pas réussi et qu'il les aurait confondus. Car il ne parlait ordinairement que de lui seul, ne regardant ses collègues que comme des assesseurs, et comme on lui représentait que bien loin de refuser la conférence avec lui, ils l'avaient souvent demandée au pape et aux cardinaux de la congrégation qui avait été établie pour ce sujet et qu'elle leur avait toujours été déniée; que même ils y étaient entrés chez les Jacobins où il avait reçu tant de confusion et avait paru si peu instruit de ces matières que les religieux avaient été obligés de se déclarer (sic) qu'ils ne pouvaient se départir de la cause de saint Augustin et de celle de ses députés qui la soutenaient pour se tenir neutres ou pour se joindre, et qu'ils travailleraient inces-

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