LIVRE X
Il ne restait donc plus à ces deux curés que la reine, dont ils avaient surpris la piété, de qui ils attendaient tout leur secours. Et comme ils se persuadaient qu'elle serait offensée de la réception de ces deux ecclésiastiques dont elle avait
knvoyé demander la surséance pendant une année entière, t que l'exclusion que M. l'archevêque de Paris avait donnée M. Ollier pour le rendre inhabile aux charges de la congrégation l'aurait sans doute blessée, ils entreprirent d'exagérer auprès de Sa Majesté ces deux sujets de mécontentel^pnent et lui remontrèrent combien les prétendus jansénistes avaient eu peu d'égard à sa recommandation et à ses ordres, ayant passé outre sans rendre aucun respect à l'au-
iuste nom de Sa Majesté. Ils ajoutèrent que le dessein de les théologiens était d'élever un fort contre l'Église au miieu de cette congrégation pour s'en rendre entièrement les (laîtres, ce qui serait la corruption et la ruine toute visible e l'esprit de cette compagnie, qui n'avait été établie que lour combattre les hérétiques, pour travailler à leur con- ' version et tâcher de les ramener à l'Église, et non pas pour favoriser ses ennemis.
Il rebattirent si souvent les oreilles de Sa Majesté du discours de ce mépris imaginaire et de ce dessein chimérique es prétendus jansénistes, que cette princesse entreprit tte affaire comme la sienne et leur promit toute sorte 'assistance. Ils ajoutaient à l'avantage de leur calomnie la nduite que M. de Paris avait tenue, et faisaient accroire e ces disciples de saint Augustin s'étaient emparés de n autorité pour faire réussir leurs brigues. Sa Majesté, qui 'y croyait pas de finesse de leur part et qui ne pouvait développer toutes leurs intrigues, appuya de son autorité la equéte qu'ils avaient présentée au conseil du Roi en leur om et en celui de quelques particuliers. 11 n'en fallait pas avantage pour confondre et pour ruiner cette congrégaon. Car quoique M. le cardinal eût du penchant pour sa onservation, néanmoins cette bonne disposition était domiée en lui par deux autres toutes contraires, l'une de faire n ce point tout ce qui plairait à la reine, et l'autre de rearder le prétendu jansénisme comme un moyen qui lui rvait à beaucoup de choses, dont une seule était capable e lui faire renoncer à son indifférence et de le porter à ire quelque chose contre les disciples dejsaint Augustin ;
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de sorte que ces deux curés s'étant emparés de Tesprit de la reine, ils pouvaient après cela se tenir assurés du Fien. Néanmoins il ne se laissa point aller tout d'un coup, car Taffection qu'il portait à M. Tabbé de Bourzeis, l'un des principaux officiers de la congrégation, le tint quelque temps en balance, et il ne vint aux extrémités que par degrés. Quoique la reine ne cessât de le persécuter, il tâchait de rabattre les coups en lui faisant valoir les raisons qu'on lui rapportait, et l'autorité de M. l'archevêque de Paris qui serait blessée par un arrêt du conseil ou par un coup de la puissance absolue du roi; et il l'assurait que cette compagnie n'était pas régie par ceux que l'on décriait dans son esprit. Mais plus Son Eminence faisait de difficultés, et plus Sa Majesté était sollicitée par ces deux curés et par ceux de leur parti.
Cependant on pressait M. l'archevêque de Paris, de la part de Sa Majesté et de celle de M. le cardinal Mazarin, de détruire ce qui s'était fait dans cette compagnie sous son nom, et on lui représentait que les prétendus jansénistes s'en prévalaient pour s'établir sous sa protection. A cela ce prélat se contentait de répondre simplement que depuis la constitution du pape et la publication qu'il en avait ordonnée, il n'y avait plus de jansénistes, ni aucune nécessité de faire de distinction entre les ecclésiastiques de son diocèse en qualifiant quelques-uns d'eux du titre d'hérétique, puisque tous ils condamnaient les cinq propositions; qu'il répondait à la reine de la compagnie de la Propagation de la foi et de tous ceux qui la composaient; mais que pour la réception de ces deux ecclésiastiques et l'élection dos officiers, il ne pouvait se résoudre à y donner aucune atteinte après que ces deux délibérations avaient été faites sous son autorité et dans toutes les formes ordinaires avec une liberté tout entière.
Cette déclaration de M. l'archevêque de Paris et l'indifférence de M. le cardinal Mazarin firent beaucoup de peine à ces deux curés; et comme cette Eminence avait ses heures et ses moments, et n'agissait qu'autant qu'elle y était poussée par ses propres motifs, ils prirent l'occasion de lui faire concevoir que c'était tout perdre que de souffrir plus longtemps une compagnie de cette qualité sous la domination des jansénistes; qu'elle céderait indubitablement dès que