‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 195 sur 510 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Emportements des chanoines de Beauvais contre leur évêqiie. Ils font afficher contre lui un placard injurieux.

Il y avait tant d'aigreur dans l'esprit des chanoines de Beauvais contre leur évêque au sujet de son ordonnance, que pendant que leur doyen cherchait à'Paris les moyens de se venger, ils ne perdaient dans la ville nulle occasion de s'opposer à son autorité quand il s'agissait de troubler la discipline du diocèse. Feu messire Augustin Potier, son prédécesseur et son oncle, y avait établi un séminaire dans les dernières années de sa vie pour examiner la vocation de ceux qui se présentaient à l'état ecclésiastique, ayant déjà été le premier qui avait donné l'exemple aux prêtres delà mission et aux évêques de France de la retraite de quelques jours pour la réception des ordres. Un jeune homme de la ville de Beauvais, qui avait enseigné quelques enfants à Paris, ayant une extrême passion de s'élever aux ordres sacrés, crut qu'une discipline si exacte serait un trop

long chemin pour ses prétentions, et tenta d'abord la voie de la recommandation de quelques docteurs de Paris avec lesquels il avait des habitudes pour se dispenser par leur crédit de cette formalité qui lui paraissait incommode, ne voulant point d'autre juge de sa vocation que son inclination violente pour l'état ecclésiastique et que le poids de sa propre cupidité. Il avait d'abord engagé le P. Gemmaris, célèbre chartreux et zélé pour la doctrine de saint Augustin, à écrire en sa faveur pour lui obtenir un dimissoire. Mais ce religieux ayant appris de ses amis à qui il s'était adressé que l'entrée au séminaire de Beauvais était établie comme une règle indispensable, il approuva leurs raisons, et cessa de s-employer pour ce jeune homme qu'il n'avait eu dessein d'assister que selon les lois de l'Église.

Le chapitre de Beauvais fut moins retenu que ce sage religieux, et inspirant à ce jeune néophyte un esprit de révolte contre son évêque, ils lui conseillèrent de lui aller demander lui-même un acte de refus, ce qu'il fit avec tant d'emportement que les plaintes qu'il fit à ce prélat de désespérer ses diocésains par une rigueur excessive éclatèrent jusque dans Paris. Mais enfin Dieu lui ayant touché le cœur, son entrée dans le séminaire imposa silence à la calomnie.

Mais ces hostilités des chanoines de Beauvais n'étaient encore que les essais de celles que le sieur Chaillou, leur doyen, était sur le point de commettre et qu'il concertait à Paris avec ceux de sa faction.

De tout temps, maître François de Montholon* avait été l'avocat du chapitre de Beauvais, et soit que la liaison intéressée qu'il avait avec plusieurs chapitres du royaume lui donnât en général une secrète aversion contre la juridiction des évêques, soit que l'habitude trèsétroite qu'il avait avec les Jésuites lui fît regarder cette occasion comme favorable à ses engagements personnels et domestiques, il se dévoua à toutes les passions du doyen de Beauvais et de ses confrères, afin de [les] servir pour leur argent et conformément à leurs desseins. Quoique cet avocat, qui était d'une des plus anciennes familles de la robe, et qui avait eu deux

1. t'rauçois de MontholoD, avocat au Parlement de Paris dès 1618, conseiller d'Etat en 1645 et mort en 1679, appartenait à la grande famille de Montholon, l'une des plus illustres de la robe.

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