LIVRE X
gardes des sceaux dans le dernier siècle, sût fort bien que les Jésuites n'épargnaient pas leurs amis, et que Alegambe, qui a publié la Bibliothèque des auteurs de sa société^ eût eu la hardiesse de marquer le P. Coton * pour auteur du plaidoyer que M. Charles de Montholon, son oncle, avait autrefois prononcé pour la défense de leur compagnie, néanmoins il leur était toujours demeuré attaché par des chaînes que nulles considérations n'étaient capables de rompre, et il ne doutait nullement que ce qu'il ferait pour le chapitre de Beauvais ne plût extraordinairement à ces bons Pères. Ces chanoines, qui n'avaient personne parmi ceux de leur conspiration qui fût capable de produire deux ou trois pages raisonnablement écrites, implorèrent donc l'éloquence du sieur de Montholon, leur avocat de Paris, et quoique ses confrères du barreau dissent de lui qu'il était accoutumé à faire son thème en trois façons, à cause de ses redites ennuyeuses, il crut que quand il aurait renfermé tout leur venin dans un écrit, ni M. de Beauvais, ni les chanoines de leur corps qui avaient des sentiments hiérarchiques, ne pourraient jamais se relever du coup mortel qu'ils allaient donner à la juridiction épiscopale.
Ils affectèrent donc, la veille de tous les Saints, de faire afficher au dedans et au dehors de leur église et aux portes de celle de Saint-Nicolas un écrit scandaleux en forme de placard sans aucun titre et sans inscription, et on fut même surpris d'en voir un exemplaire à la grosse tour de leur grand clocher à près de deux toises de hauteur et qui n'aurait pu être lu par ceux qui ne seraient montés que sur des échelles d'une élévation ordinaire ^
On a voulu rapporter cet acte du chapitre de Beauvais dans les mêmes termes que le sieur de Montholon, leur avocat, avait employés pour satisfaire à leur passion sans se mettre beaucoup en peine de l'élégance et de la délicatesse du style. On y voit d'abord le but qu'il s'y était proposé, de blâmer injustement M. l'évêque de Beauvais d'avoir agi avec des précautions peu sincères dans la publication
1. Pierre Coton ou Cotton (1564-1626), jésuite, confesseur de Henri IV, puis de Louis Xlli. Il quitta la cour en 1617 et devint provincial d'Aquitaine et de France.
2. Suit J'analyse de cet acte, imprimé dans le temps et réfuté vigoureusement par Choart de Buzanval.
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de la bulle, ce qui est une calomnie atroce. On y remarque aussi l'assurance avec laquelle il soutient que plusieurs chapitres, églises, cathédrales avaient fait de semblables mandements que celui de TÉglise de Beauvais sans en marquer aucun en particulier, ce qui lui aurait été impossible. Enfin il était malaisé de se servir d'une expression plus schismatique que de dire que le chœur de la cathédrale de Beauvais relevait de la juridiction du chapitre avec exclusion de l'évêque, étant certain que les églises cathédrales n'ont été appelées ainsi dans tout le monde que parce que le siège des évêques des métropoles ou des diocèses y était attaché. Aussi les amis de M. de Montholon lui ayant reproché en particulier cet endroit de son écrit comme une proposition insoutenable, il leur avoua de bonne foi qu'elle n'était pas conforme à la vérité, mais qu'il Tavait bien voulu avancer comme il avait fait, parce qu'il écrivait pour un chapitre *. C'était s'élever au-dessus de la raison aussi bien que des règles de la conscience et de l'honneur. Mais un avocat bien payé par un chapitre soulevé contre son évêque ne se met pas beaucoup en peine de sa réputation, pourvu qu'il flatte la passion de ceux qui l'emploient.