‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 200 sur 510 · LiVRE X · texte numérisé non relu

LiVRE X

prendre à l'internonce que cette affaire était d'une si grande importance pour le Saint Siège qu'il en fit tout à fait la sienne; et la faisant solliciter en son nom par son secrétaire, il recommanda à tous ceux qui avaient droit de suffrage dans cette élection de jeter les yeux sur un sujet non suspect de la nouvelle doctrine, c'est-à-dire agréable aux Jésuites et capable de recevoir tous leurs mouvements. On joignit à cette sollicitation les menaces les plus terribles pour affaiblir ceux qui n'avaient point d'autre vue que de faire remplir la place de M. Fromond par quelque personne qui ne succédât pas moins à sa piété et à sa doctrine qu'à sa dignité.

Les sollicitations des Jésuites furent si puissantes que l'on traita cette affaire ecclésiastique comme une chose purement politique et toute humaine, et consultant plutôt les intérêts de leur compagnie que les règles de l'Eglise, qui veulent que l'on ne donne ces sortes d'emplois qu'à ceux qui sont les plus capables de les remplir, ils élevèrent à cette charge un homme des plus attachés à leur parti, sans capacité et sans mérite, et rempli de tant de défauts que le moindre devait lui en donner l'exclusion.

Comme celte première entreprise leur réussit, ils crurent que ce même homme pouvait encore être investi de la charge de professeur royal, qui vaquait aussi par la mort de M. Fromond. Quelque convaincus qu'ils fussent eux-mêmes de son ignorance, ils trouvèrent en lui assez de mérite dans l'assurance qu'ils avaient de son attachement à leur compagnie, et ils se proposaient un double avantage dans ce choix, puisque non seulement ils excluaient par là de cette chaire les disciples de saint Augustin dont la capacité et le zèle leur étaient insupportables, mais même ils s'assuraient d'un homme qui n'enseignerait que la doctrine qu'ils lui inspireraient, et dont ils lui auraient donné linstruction toute digérée. Ils avaient aussi en vue par cette conduite d'effacer toute la gloire de M. Fromond, et de substituer, par le moyen de cet émissaire, la doctrine de leur société à la place de celle que ce célèbre docteur avait puisée dans l'Ecriture, dans les conciles et dans les saints Pères de l'Église, pour l'empêcher d'avoir des disciples après sa mort.

Le P. Quarré, de l'Oratoire, et quelques docteurs de Louvain mandèrent avec douleur ces nouvelles à leurs amis de Paris, et déclarèrent par leurs lettres qu'ils ne se pouvaient pro-

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mettre ni paix ni repos tant que l'arcliiduc gouvernerait. Ils n'attendaient leur protection et leur secours que du côté de la France, où ils voyaient un grand nombre de défenseurs de la vérité parmi les prélats et les docteurs. La lettre pastorale de M. Tarchevéque de Sens leur était un grand sujet de consolation, et les surprenait en même temps, parce qu'il y avait déjà longtemps que la liberté avec laquelle il y était parlé des prétentions de la cour de Uome au préjudice des autres évêques était un langage inconnu en Flandre. Ils tâchaient de justifier leur conduite par la considération des périls dont ils étaient menacés s'ils n'eussent exécuté toutes les choses qu'on désirait d'eux ; mais il n'y a point de faiblesse au monde qui ne trouve son apologie dans cette excuse, et elle ne sert ordinairement qu'à inspirer une nouvelle hardiesse aux persécuteurs, sans diminuer la faute des persécutés qui donnent occasion de dire d'eux en cette rencontre qu'ils ne sont pas du nombre de ceux que Dieu a choisis pour le salut d'Israël. Ainsi l'on peut dire que cette grande contestation qui s'était formée à l'occasion du livre de M. d'Ypres, étant née dans les Pays-Bas, ne devait avoir des défenseurs intrépides que dans notre France, et Dieu faisait voir par ce fameux événement qu'il est le maître de la vérité, et qu'il n'en attache le soutien ni à la distinction des pays ni à la qualité des personnes.

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