CHAPITRE XVI
OouJaoïaatioa de quelques propositions du P. Pascbalighi, théatiu. Thèses des Jésuites dans leur collège de Spolète. Emprisonnement du Père Noiano, dominicain.
Le p. Pascbalighi' donna un nouvel exercice à la cour de Rome par un livre qu'il publia peu de temps après la constitution du pape. Comme il n'était point en réputation d'être des sentiments de Molina,cet ouvrage ne parut pas plus tôt en public que les Jésuites s'étant appliqués à l'examiner, et en ayant extrait quelques propositions, ils les déférèrent au pape comme contraires à sa constitution et toutes conformes
1. Zacharie Pascbalighi, religieux théalin de Vérone vers le milieu du xvn« siècle, étudia la théologie morale et est auteur de quelques ouvrages.
aux erreurs qui y étaient condamnées. Sur cela, Sa Sainteté ordonna qu'elles seraient examinées par les mêmes consulleurs qui venaient de travailler à l'examen des cinq prop«)sitions. Il est vrai que, selon le jugeiîient de ceux qui en mandèrent les nouvelles en France, ces propositions du P. Paschalighi paraissaient un peu dures en elles-mêmes et auraient pu être adoucies par des expressions dont les théologiens se servent aujourd'hui dans l'Ecole. Mais outre qu'en les tirant du livre de ce Père, on les avait séparées de ce qui les devançait et qui les suivait, qui les aurait rendues tout à fait conformes à la vérité, il est certain qu'elle n'avaient rien de commun avec les cinq propositions condamnées. Mais il suffisait que les Jésuites en eussent été les dénonciateurs, et comme ils avaient dessein de s'appuyer de l'autorité du Saint Siège pour jeter la terreur dans l'esprit de ceux qui voudraient soutenir une doctrine contraire à la leur, ils s'opiniâirèrent à maintenir leur accusation et à prétendre que la doctrine de ce théatin était condamnée par la dernière bulle.
Le P. Paschalighi, qui était habile, méprisa d'abord cette accusation comme n'ayant aucun fondement solide, et donna aux consulteurs des explications pleines de vigueur et de sag(3sse. Mais ces consulteurs, dont quelques-uns avaient déjà reçu la récompense des services qu'ils venaient de rendre à la compagnie des Jésuites, et les autres espéraient la recevoir dans peu de temps, eurent moins d'égard aux raisons du théatin qu'aux plaintes injustes de ses adversaires. Ils n'étaient remplis que de Tidée de la constitution, qu'ils savaient être comme la prunelle des yeux du Saint Père, et condamnèrent ces nouvelles propositions comme étant susceptibles d'un mauvais sens. Ce coup surprit tout le monde, et on jugea bien que par ce moyen il n'y aurait plus d'auteur ni de livre qui pût se mettre à couvert d'une censure, puisqu'à l'avenir il suffirait d'extraire quelques propositions qui y auraient été avancées, de les détacher de leur suite et de leurs antécédents, et après leur avoir donné un mauvais sens, en les coupant aux mots qui les concluraient % soutenir ensuite qu'elles seraient contraires à la constitution du pape.
1. Ms. excluraient. Les deux levons différentes pourraient s'expliquer.
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On ajoutait que les Jésuites triomphaient de cette condamnation comme d'une suite de leur victoire ; mais qu'il était bien aisé de triompher par cette voie, puisqu'il n'y avait qu'à accuser et à soutenir ensuite avec impudence son accusation; que les juges écoutaient sans dire rien; que celui qui faisait la suprême décision de l'affaire ne se montrait point et était inaccessible parce qu'il y avait trop de portes à ouvrir avant que d'aller à lui, quoique les Jésuites fussent maîtres au moins de quelques-unes qui ne s'ouvraient jamais que par eux-mêmes ou que par ceux qui étaient à eux ; qu'entre ceux qui avaient crié contre cette manière d'agir, quelques-uns s'étaient fait écouter par la considération de leur mérite, faisant voir que ce jugement n'était pas digne de la chaire, et qu'il serait plus à propos de le supprimer que de le produire, ce qui pourrait bien être suivi, leurs raisons étant sans réplique. On mandait aussi parla même lettre que M. le cardinal Barberin était un de ceux qui considéraient les choses avec plus de poids et de maturité.
On ne pouvait s'empêcher de faire réflexion sur l'injustice de leur conduite, en comparant la censure de ce théatin avec les sentiments qu'ils avaient autorisés, le SO^' jour du mois de juillet précédent, dans leur collège de la ville de Spolète ; car ayant fait une célèbre et magnifique élection d'un nouvel empereur de la doctrine chrétienne, ils voulurent que des thèses fort extraordinaires fussent comme le prélude ou l'ouverture des instructions qu'ils devaient donner de cette doctrine de salut sous les auspices de ce monarque. Pour faire voir que dans la suite ils apprendraient des choses merveilleuses, ils prétendirent avoir recueilli en quinze articles toute la doctrine que J.-C. avait enseignée dans son évangile pour faire marcher les âmes par la voie qui conduit au ciel. Dans le premier, ils disaient que la doctrine chrétienne était celle que Notre-Seigneur avait enseignée dans son évangile, et que l'on pouvait dire en un bon sens que c'était et que ce n'était pas sa doctrine. Dans le deuxième, qu'encore que les hérétiques ne crussent pas quelques articles de foi de J.-G. (ce qui voulait dire par exemple : ceux qui ne croyaient pas qu'il fût le Fils de Dieu, ou un véritable homme né de la Vierge, etc.), ne laissaient pas pour cela d'être de véritables chrétiens, mais