LIVRE X
aussi rentrer eux-mêmes dans le sein de l'Eglise sous le même pasteur qui en est le chef visible, et embrasser tous les sentiments de cette sainte mère ; qu'elle n*a point changé par la vicissitude des siècles qui se sont passés depuis J.-C. qui l'a fondée jusqu'en nos jours, et que non seulement il le leur avait dit de bouche, mais qu'il n'y avait pas encore longtemps qu'il en avait écrit de cette sorte par occasion à l'un des grands hommes qui fussent en ce pays-là, et dont les sentiments étaient en une singulière vénération à tous les autres. Mais que cela le faisait souvenir qu'il venait de se tromper en lui disant qu'il n'avait conféré avec des personnes de la religion prétendue réformée que dans les villes des Suisses qu'il lui avait nommées, parce qu'il l'avait fait dès Venise avec un très excellent homme qui les y était venu visiter, qui n'était pas inconnu ni au feu roi, ni à M. le cardinal de Richelieu par lesquels il avait été autrefois employé dans les affaires de France ; qu'ils avaient passé avec lui et avec un honnête homme qui l'accompagnait une après-dînée tout entière à soutenir avec beaucoup de douceur, de civilité et de force tout ensemble, de l'unité de l'Église, de la nécessité d'être uni avec son chef visible qui est le pape, et de Tobligation de ne s'en séparer jamais, pour quelque occasion et sous quelque prétexte que ce puisse être ; qu'ils craignaient si peu en ce temps-là qu'on leur reprochât jamais, comme M. Hallier avait fait depuis, le commerce si chrétien etsi honorable qu'ils avaient eu avec ceux de cette religion par ces sortes de rencontres, qu'étant allé le lendemain rendre ses devoirs à M. l'ambassadeur qui était à Venise, il lui avait dit la conférence qu'il avait eue l'après-dînée du jour de devant, et qu'il croyait qu'il pourrait bien encore se ressouvenir qu'il lui témoigna beaucoup de regret de n'en avoir point été averti auparavant, parce qu'il eût été très aise de s'y trouver ; qu'il n'avait non plus tenu secret ce qu'ils avaient eu de commerce avec ceux des Suisses, et que dès aussitôt qu'ils avaient été de retour à Paris il en avait écrit à Rome à des personnes très affectionnées au Saint Siège, pour leur représenter la peine qu'ils avaient eue de satisfaire pleinement à ces ministres sur quelques objections qui leur avaient été faites en conséquence de la constitution contre les cinq propositions, parce qu'ils disaient, comme faisaient encore
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alors M. Hallier et ses adhérents, qu'ils n'étaient pas obligés de croire tout ce qu'ils leur disaient des bonnes dispositions et des louables intentions de Sa Sainteté dans cette affaire; mais qu'ils ne voyaient pas que la constitution en portât aucune marque par écrit; qu'enfin, pour trancher court sur cette matière dont il n'avait pas le temps de l'entretenir à fond, il l'assurait que si les partisans de Molina étaient impatients du peu de paix dont ces députés pour saint Augustin jouissaient après leur retour de Rome, s'ils cherchaient à rentrer dans de nouvelles contestations et s'ils voulaient jamais les obliger à retourner encore une fois à Rome pour supplier le pape de publier par écrit les pensées qu'il avait eues en cette occasion et qui étaient déjà si publiques partout, en cas que lui qui écrivait cette lettre fût du nombre, il ne ferait nulle difficulté de reprendre le même chemin, et d'agir avec les ministres de la même façon que ces ministres avaient agi avec eux en revenant en France, et ne craindrait nullement qu'on leur en fît des reproches à Rome quand on saurait comment ils en avaient agi, ainsi que M. Hallier le devait avoir appris avant que de s'engager à en parler, et qu'il l'avait pu apprendre en effet puisqu'il y avait passé après eux, parce qu'il était persuadé qu'ils trouveraient à Rome des gens plus judicieux et plus équitables que lui ; qu'il priait Dieu qu'il l'éclairât et qu'il le modérât par sa miséricorde.
Cette lettre de M. de Saint-Amour parut de si bon sens et si propre à effacer cette honteuse calomnie que la plupart de ceux qui la lurent en furent très satisfaits. On se moqua de cette prétendue alliance avec les ministres' et on crut que cette imposture était forgée dans la même boutique qui avait fait prendre le chemin de Genève aux disciples de saint Augustin dans le temps de l'apostasie du malheureux Labadie, et qui les avait accusés depuis ce temps-là d'une secrète intelligence avec Gromwel, qui n'a point eu de suite, comme elle n'avait point eu de fondement. Aussi l'on a vu dans la suite quel parti ont pris les Suisses dans les dernières disputes de M, Arnauld contre le ministre Claude * touchant