LIVRE X
Port-Royal, sans rechercher personne, et sans s'uiformer e ce qui se passait dans le monde.
Ces remontrances étaient fort justes ; mais comme elles 'éclaircissaient point encore assez le détail de la petite istoire dont il s'agissait, on fit tomber entre les mains de l'abbé de Bourzeisune lettre de M. de Saint-Amour écrite un docteur de ses amis sur le sujet d'une calomnie si troce et si ridicule tout ensemble, et on en fît part en ême temps à quelques personnes de considération de la ur, afin qu'elle pût être lue à la reine et à M. le cardinal azarin, ou du moins qu'ils pussent parler plus hautement avec plus d'assurance contre une médisance* si horrible. M. de Saint-Amour mandait donc à ce docteur qu'il 'avait point passé par Genève, comme avaient fait M. Hallier M. Joisel son docteur, parce que cette ville ne se trouvait 3 dans leur chemin comme elle se trouvait dans celui de urs accusateurs, qui étaient entrés en France par Lyon et n par la Bourgogne. Que ces messieurs avaient marché ur plus de terres hérétiques qu'ils n'avaient fait euxmêmes ; car au lieu que pour aller de Venise à Zurich M. de Saint-Amour et ses collègues avaient pris le chemin de Trente qu'ils souhaitaient voir à cause du dernier concile œcuménique qui s'y était tenu, et ensuite celui du Tyrol où religion catholique est dans une entière vigueur, M. Hal- ,er et ses confrères avaient pris celui des Grisons, qui étaient our la plupart hérétiques ; que néanmoins il ne disait pas cela pour imputer à M. Hallier et à ses collègues d'avoir eu quelque intelligence avec eux, surtout dans les choses qui les séparaient de TÉglise, ces soupçons et ces reproches étant très indignes de personnes qui avaient l'honneur 'être de la Faculté de théologie de Paris, mais seulement ur faire voir combien les bruits qu'ils répandaient de utes parts en [ce] genre étaient déraisonnables. Que dans ute sa route il s'était trouvé deux villes hérétiques, sair : Zurich' et Bâle. Que MM. Hallier et Joisel avaient été ns la première aussi bien que lui, et que pour la dernière, de Plessis-Besançon pourrait bien témoigner que de Venise il les avait engagés, ses confrères et lui, d'y pas-
i. Médisance a ici le sens de calomnie, comme dans le célèbre sermon Bourdaloue sur la médisance.
312 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
ser, en leur conseillant de se détourner d'une demi-journée pour voir cette ville à cause de sa célébrité; qu'il était certain que dans ces deux villes et dans Baie aussi, qui est entre les deux, mais très catholique, et où ils croyaient trouver assemblés tous les députés des cantons, ils avaient mangé à table d'hôte suivant l'usage du pays, non seulement avec des ministres et d'autres personnes de leur religion, mais aussi avec des catholiques de ces quartiers-là, qui conversaient très indifféremment les uns avec les autres dans une union très étroite et une très grande civilité ; qu'ils en avaient reçu beaucoup d'eux ; qu'en son particulier, s'il avait l'occasion ou le moyen de s'en revancher en France, il le ferait de très bon cœur, ce qui faisait voir qu'ils eussent été bien farouches s'ils ne leur eussent témoigné en leur pays du ressentiment et de la gratitude. Mais cela n'avait pas empêché qu'ils n'eussent combattu contre eux dans une honnête liberté plusieurs points dans lesquels ils ne convenaient point avec eux dans les sentiments de l'Église catholique ; qu'ils avaient disputé avec eux dans une modération équitable et dans les termes d'une charité sincère qui, comme il espérait, les aurait édifiés. Que le sujet de leur dispute avait été sur la justification, sur la primauté du pape, sur l'invocation des saints, dont messieurs ses collègues pourraient peut-être se ressouvenir mieux que lui ; qu'ils les avaient trouvés disposés à croire et à dire avec M. Hallieret ses semblables, quoique par des fins différentes, que le pape par sa constitution contre les cinq fameuses propositions de M. Cornet, qui seules avaient été condamnées, avait aussi condamné les cinq nouvelles propositions qu'eux députés de saint Augustin avaient présentées à Sa Sainteté ; qu'ils les avaient désabusés de cette pensée en leur représentant avec quel esprit et quel dessein Sa Sainteté avait fait cette condamnation ; qu'ainsi ils avaient soutenu contre eux les intérêts du Saint Siège et de l'Église et ceux du pape même, comme ils étaient encore prêts de les soutenir sur le même sujet, contre M. Hallier et contre ceux qui voudraient prétendre la même chose, devant tous les tribunaux du monde ; qu'ils avaient témoigné à ces protestants avec une cordialité entière le désir extrême qu'ils auraient de voir revenir à la vérité catholique ceux qui soutenaient parmi eux les erreurs de Molina, et de les voir