CHAPITRE XVIII
Troubles excités à Gaen par les Jésuites contre le P. de FoUeville, de l'Oratoire, au sujet "d'une chaire de professeur en théologie.
La chaire royale de la Faculté de théologie de Caen étant vacante en ce temps-là fut 'proclamée, selon les lois ordinaires, pour être disputée par les docteurs qui pouvaient être capables de la remplir. M. Bouley, docteur en théologie de la Faculté de Paris, et M. Guémot S docteur delà même {sic) Faculté de Reims, se présentèrent pour la remplir. La dispute s'étant achevée selon les formes, trois des six docteurs qui la devaient adjuger donnèrent leurs voix au sieur Bouley, et les trois autres au sieur Guémot; ainsi ils se trouvèrent partagés, mais sans sujet, parce que le sieur Guémot avait paru le plus habile, son compétiteur n'ayant eu des voix que parce qu'il était porté par les Jésuites et par ceux de leur parti, au lieu que ce docteur de Reims n'avait pour tout appui que sa seule capacité et son mérite. Ce crédit du sieur Bouley lui enflant le cœur ; il prit possession de la chaire royale, et prétendit l'avoir emportée à la pluralité des voix, parce qu'il comptait pour deux celle du doyen qui avait conclu l'égalité des suffrages. La chose ayant été portée devant le juge bailli de Caen par le sieur Guémot qui demandait qu'il fût ordonné que l'on rentrerait tout de nouveau dans la dispute conformément aux lois de Tuniversité de Gaen, le sieur Bouley, qui s'attribuait toujours quatre voix entières, soutint de plus que le P. de FoUeville
Bossuet. Après la révocation de l'Édit de Nantes, il passa en Hollande où il mourut.
1. Le nom de ce personnage est d'une lecture difficile au ms. Il est successivement appelé Guémot, Guerniot, et même Guémoty.
n*avait pu donner son suffrage dans cette élection, parce qu'il s'était intrus dans la Faculté de théologie contre les règles, n'ayant gardé aucun interstice dans la poursuite de ses degrés, ce qui était une condition essentielle pour avoir droit de suffrage dans les assemblées de la Faculté et dans les élections; que d'ailleurs il était infecté de la nouvelle doctrine, et qu'il avait enseigné des erreurs très pernicieuses à l'Église et condamnées par le pape.
Tout le barreau fut choqué de la manière dont il avait fait exagérer ce point dans son plaidoyer; le sieur Guémot fît répliquer au contraire par son avocat que le suffrage du doyen ne devait passer que pour une voix; que son droit était de conclure avec la pluralité, mais non pas d'ajouter rien au-dessus des voix qui avaient formé la conclusion ; qu'encore que le P. de FoUeville n'eût pas gardé tous les interstices, néanmoins son mérite, reconnu par tous les docteurs qui composaient alors la Faculté, lui en avait fait obtenir la dispense, et que Ton, ne pouvait lui contester le pouvoir de la donner, puisqu'il était de l'usage de toutes les Facultés de dispenser de leurs lois avec connaissance de cause et quand il y en avait un légitime sujet; que la doctrine de ce prêtre de l'Oratoire était très catholique, et que c'était une calomnie de lui imputer qu'il eût jamais enseigné ni erreur ni hérésie ; que les sentiments dont il faisait profession d'instruire ses écoliers, étant connus de tout le monde, lui étaient une justification publique et devaient le décharger de cette fausse accusation, qui n'étant point soutenue par la production d'aucune erreur que ce théologien eût enseignée méritait d'être punie en la manière que le méritent les calomniateurs, selon les règles de l'Église.
Le j uge, après avoir ouï les parties et pris les conclusions des gens du roi, ordonna que la chaire serait encore exposée tout de nouveau à la dispute, parce que quelques forjnalités qui sont portées par les ordonnances des rois n'y avaient point été observées, et condamna le sieur Bouley à faire réparation au P. de FoUeville de ce qu'il avait fait plaider contre lui^ et à le reconnaître pour véritable docteur de la Faculté de théologie.
Les Jésuites, qui sollicitaient cette affaire comme la leur par la haine qu'ils portaient au P. de FoUeville, ayant appris cette sentence, en furent sensiblement touchés et obligèrent