‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 209 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

le sieur Bouley d'en appeler au Parlement. Mais leur conseil fut d'avis qu'il exécutât la sentence sur le fait de la réparation. Ainsi il déclara que ce Père n'avait rien enseigné de ce qu'il lui avait imputé ; qu'il le tenait pour un docteur légitime de la Faculté de théologie de Gaen, d'une doctrine orthodoxe, et appela de la première partie de la sentence qui l'obligeait à recommencer la dispute. Mais au lieu de relever son appel au Parlement qui aurait sans doute confirmé la sentence en ce point, les Jésuites se servirent d'un autre expédient fort irrégulier, et employant les mêmes moyens que ce docteur de leur parti avait allégués dans son plaidoyer, ils obtinrent en sa faveur des lettres de cachet du roi par lesquelles S. M. ordonna que la Faculté de théologie l'installerait dans la chaire disputée et lui en laisserait la possession libre. Ainsi, contre l'attente de tout le monde et contre toutes les règles de la justice, il s'empara de cette chaire et en prit possession sans autre forme.

Le sieur Guémot, se voyant traduit hors le Parlement, se présenta au conseil de Sa Majesté où il poursuivit la révocation de cette lettre de cachet, et demanda la cassation de la prise de possession du sieur Bouley, faisant voir sa mauvaise foi et les calomnies dont il s'était servi pour surprendre Sa Majesté et couvrir l'injustice de sa procédure.

Lorsque le sieur Bouley se vit intimé au conseil, comme il craignait que cette chaire ne lui manquât par le mauvais succès de la dispute dans laquelle les Jésuites mômes croyaient qu'il devait succomber, il s'adressa au Parlement de Rouen, auquel il représenta que son compétiteur avait décliné leur {sic) juridiction en se pourvoyant au conseil du roi et l'y traduisant. Sur cette plainte, le Parlement ordonna par défaut qu'il serait maintenu dans la possession de la chaire royale, avec défense au sieur Guémot de le troubler.

Pendant cette procédure si pleine d'infidélité et d'injustice, il fît plaider par son avocat les mêmes calomnies contre le P. de Folleville qu'il avait employées à Gaen, et le fit interdire de ses fonctions de professeur jusqu'à ce qu'il eût comparu en propre personne au Parlement, et qu'il eût justifié ses titres et capacités en vertu desquels il exerçait cette charge.

La signification qui fut faite à ce Père de cet arrêt donna occasion de publier dans toute la ville de Gaen que le Parle-

ment de Rouen, ne pouvant souffrir qu'un homme suspect et intrus abusât plus longtemps le public, l'avait interdit et cité pour rendre compte de sa conduite, et on y joignit toutes les calomnies dont ils tâchaient de le noircir pour le faire rejeter de toute la ville. Le Père de FoUeville étant venu au Parlement fit voir à messieurs les gens du roi l'injuste vexation qu'on lui faisait, et comment le sieur Bouley avait été obligé de lui faire réparation d'honneur en vertu de la sentence dont il avait appelé. Mais comme le sieur Guémot s'était pourvu au conseil, où sa procédure était pendante et dans laquelle ce prêtre de l'Oratoire se trouvait enveloppé, ils ne purent lui rendre toute l'assistance qu'ils auraient désiré, .car ils reconnaissaient cette injustice. Cependant les Jésuites sollicitaient chaudement tous les juges en faveur du sieur Bouley, leur créature, et ^les ayant prévenus contre ce Père, il s'en voyait traité d'une manière très dure et très rigoureuse, et regardé comme un rebelle au Parlement, quoiqu'il fût très innocent. Ce fut inutilement qu'il allégua qu'il n'était nullement engagé dans la procédure que le sieur Guémot faisait au conseil ; il ne put jamais être écouté sur ce point, elles juges persistèrent à exiger de lui qu'il allât au conseil pour obtenir un arrêt de renvoi.

Ses adversaires, qui ne cherchaient qu'à Faftliger, se servirent de ces délais pour faire comprendre à ceux qui le supportaient (sic) tant à Rouen que dans Caen, que son affaire souffrait beaucoup de difficulté au Parlement, où la précipitation du bailli de Caen à lui procurer une réparation d'honneur avait été reconnue ; et par ce moyen ils tâchaient de le rendre suspect à ses écoliers et de leur donner du dégoût de sa doctrine. Tous les Pères de sa congrégation qui avaient du crédit à la cour furent employés pour le défendre au conseil et pour détromper les juges que ses ennemis avaient prévenus contre lui en le décriant comme un prétendu janséniste qui corrompait les esprits de ceux qui prenaient ses leçons, et leur inspirait les erreurs que le pape avait condamnées. Ils avaient fait courir le bruit que son général même l'abandonnait, mais il le secourut en tout ce qui lui fut possible après qu'il l'eut informé de la pureté de sa doctrine et de la sagesse de sa conduite. Enfin cette affaire, qui n'était qu'une pure chicanerie qu'ils lui avaient suscitée et qui pouvait se terminer par un renvoi sur une simple re-

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