‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 21 sur 510 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

qu'il croyait avoir reçue en particulier, que MM. les commissaires en furent surpris et très mal édifiés.

La séance s'étant terminée par un accord qui était si avantageux aux Capucins (ce que les plus sages d'entre eux reconnurent), MM. les commissaires crurent que le lendemain le provincial viendrait comme il l'avait promis avec les définiteurs pour signer les articles. Mais ils furent bien étonnés de le voir accompagné d'un autre religieux que le Frère Mathieu de Reims, gardien du couvent de Saint- Honoré de Paris, que le Clergé loue d'avoir témoigné en toute cette affaire beaucoup de sagesse et de franchise; portant les articles accordés, mais avec une clause qui les détruisait entièrement. Il refusa ensuite de signer, sans pouvoir alléguer aucune raison de ce changement; il s'emporta même plusieurs fois d'une manière fort extraordinaire, mettant le marché à la main de MM. les commissaires par la paix ou par la guerre. Néanmoins ces prélats dissimulèrent comme de vrais pères ces excès qu'ils aimèrent mieux attribuer à un zèle qui n'était pas selon la science qu'à d'autres motifs plus blâmables, quoiqu'ils fussent assez visibles. Voyant que la satisfaction le blessait si fort, on voulut s'accommoder à sa délicatesse, et M. l'archevêque de Sens lui proposa d'en mettre l'original entre les mains de M. l'évêque de Meaux, et qu'après avoir été prononcée on la déchirerait. On lui représenta le préjudice qu'il faisait à son ordre par son opiniâtreté, mais nulles raisons ne purent le fléchir et il quitta assez brusquement la compagnie.

Ces choses ayant été exactement et fidèlement rapportées à l'Assemblée qui se tint le 26 du mois de mars par M. l'archevêque d'Arles, autant qu'on loua la prudence et la charité avec lesquelles MM. les archevêques avaient agi en cette occasion, autant fut-on surpris et indigné de la procédure d'un provincial qui par son âge et par son emploi faisait attendre une conduite toute différente de celle qu'il avait tenue. On examina à fond la conséquence de l'affaire principale et on jugea qu'elle ne pouvait donner que de très pernicieux exemples si on la dissimulait, et que comme le mal était extrême, il fallait aussi y porter des remèdes de même nature. Pour cet effet le Clergé, par sa lettre circulaire adressée à tous les archevêques et évêques du royaume, les exhorta à priver tous ceux qui portaient le nom de Ca-

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pucins de toutes leurs grâces dans leurs diocèses, soit pour l'administration du sacrement de pénitence, soit pour la prédication de la parole de Dieu, soit pour la réception aux ordres sacrés, soit des autres choses qui dépendaient de leur autorité *, si dans deux mois à compter du jour de la réception de cette lettre, ils n'étaient informés par celle des sieurs agents du Clergé que le provincial de Paris et les Frères Capucins du diocèse de Sens avaient rendu à l'Église, en la personne de M. leur archevêque, l'obéissance qu'ils lui devaient, et s'étaient soumis à ses ordonnances, suivant les premiers articles accordés entre eux. Pour Frère Alphonse de Paris, puisque dès lors il était dans la faute ou plutôt qu'il était Tunique auteur du trouble, et que contre l'avis des plus sages il" avait empêché l'accommodement de ce différend, le Clergé les suppliait de l'exclure aussi dès lors de toutes fonctions dans leurs diocèses, si n'étant mieux conseillé il ne revenait à son devoir et ne réunissait ce qu'il avait divisé, de quoi le même Clergé témoignait qu'il aurait beaucoup de joie, et espérait que ce provincial le ferait par le conseil de ses Frères. Il les priait aussi d'en user de même s'il leur plaisait à l'égard des Frères Capucins du diocèse de Sens, s'ils allaient dans leurs diocèses, puisqu'ils étaient dans la désobéissance actuelle cuntre M. leur archevêque. Enfin il les animait à cette conduite par la considération de l'unité qui doit être le propre caractère des ministres de J. C, par l'exemple des réguliers qui ne se séparent jamais quand il est question de défendre les privilèges qu'ils prétendent avoir.

Cette grande lettre fut signée par MM. les archevêques d'Arles, de Bordeaux, d'Embrun, de M. de Marca*, nommé à l'archevêché de Toulouse, de MM. les évêques de Valence et de Die, d'Évreux, de Meaux, de Vence', d'Auxerre, de Lavaur, de Châlons, du Puy, de Bazas, de Coutances, d'Angoulême, de Condom, d'Orange, de Madaure, coadjuteur

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