CHAPITRE XIX
Les Jésuites excitent une nouvelle persécution contre M. l'évêque de Commioges au sujet de son ordonnance pour la publication de la bulle.
Dès le 10 du mois d'octobre de cette année 1653, messire Gilbert de Ghoiseul, évêque de Comminges ', docteur de la maison de Sorbonne et frère de M. le maréchal du Plessis- Praslin', avait fait une ordonnance dans son diocèse pour la publication de la constitution du pape. Mais comme il était à l'extrémité du royaume, on n'en apprit les nouvelles dans Paris qu'au dernier mois de la même année, lorsqu'elle fut rendue publique par l'impression. Ce sage prélat n'avait pas cru devoir publier cette bulle en présence de son peuple, et il avait attendu le temps de son synode pour faire cette publication en présence de ses curés, qu'il croyait être les seuls dans tout son troupeau qui eussent quelque connaissance de l'affaire dont il s'agissait. Il crut, en gardant dans cette occasion les règles de la prudence chrétienne, ne
1. Ms. les assistances qu'ils avaient accoutumé de lui rendre.
2. Gilbert de Ghoiseul du Plessis-Praslin (1613-1689), évêque de Comminges, puis de Tournay. Il prit une part active aux négociations qui aboutirent à la paix de Clément IX.
3. César de Ghoiseul, comte du Plessis-Praslin (lo98-1675), maréchal de France en 1645, fut le vainqueur de Turenne à la bataille de Rethel.
devoir point abandonner la vigueur épiscopale. Et comme il craignait que la voie que les évêques ses confrères avaient suivie en s'adressant au Saint Père pour lui demander un jugement sur les cinq propositions ne donnât quelque atteinte au droit dans lequel sont les évêqiies, en vertu de leur caractère, de juger des causes majeures et principalement celles de la foi, il se sentit obligé' de faire une déclaration et une protestation tout ensemble pour se maintenir dans cette possession '.
Dès que cette ordonnance parut dans Paris, les partisans de Molina la déchirèrent avec autant d'emportement qu'ils avaient fait des lettres de M. l'archevêque de Sens et de M. l'évêque de Beauvais. Ils accusaient ce sage prélat de conspiration contre le Saint Siège; ils publièrent que cette lettre pastorale lui était encore plus injurieuse que celle de M. l'archevêque de Sens, et la déférèrent à M. le nonce afin qu'il l'envoyât à Rome pour la faire censurer.
La passion en aveugla quelques-uns à un tel point qu'ils osèrent soutenir que c'était une pièce supposée parles prétendus jansénistes pour autoriser leurs erreurs du nom des évêques, et pour se couvrir du reproche qu'on aurait pu leur faire de manquer à la parole qu'ils avaient donnée à la cour de ne plus écrire pour la défense de leur doctrine ; ils les blâmaient d'élever M. de Gomminges au-dessus de tous les prélats du royaume et de le faire parler comme se croyant plus éclairé que tous les autres pour les accuser d'avoir reçu la bulle du pape sans observer les formes qui avaient été pratiquées de tout temps dans l'Église.
Mais comme ils eurent appris que cet évêque avouait luimême son ordonnance, et que les plus éclairés d'entre eux ne faisaient nul doute qu'elle ne fût de lui ; ils firent tous leurs efforts pour le décrier dans l'esprit de la reine et de M. le cardinal Mazarin, l'accusant d'attentat contre l'autorité du pape et du roi, et contre l'assemblée tenue au Louvre. Les amis de ce prélat tâchaient de le défendre autant que la mauvaise conjoncture du temps pouvait le permettre, et sans néanmoins en parler trop fortement, de peur de se