LIVRE X
lui-même en personne demander justice à messieurs les gens du roi et ensuite à tout le Parlement, et de relever si bien les libertés de l'Église gallicane que le Pape aurait le déplaisir de voir que dans une affaire de pure vexation sur son sujet, qu'on lui aurait suscitée sous le prétexte d'avoir blessé l'autorité du Saint Siège, le Parlement aurait confirmé de nouveau aux évêques le droit de juger des causes majeures, et tout ensemble les libertés de l'Église gallicane. C'était ce que le pape craignait le plus dans la suite de cette affaire, et ce que M. l'archevêque de Sens avait résolu r^de faire pour se mettre à couvert de cette injuste procélure.
D'autres se persuadèrent que M. le nonce avait changé le sentiment sur ce qu'ayant à parler à Sa Majesté d'une itfaire plus épineuse et qui ne lui était pas agréable, il ne ►ouvait y joindre celle-là sans s'exposer à recevoir une ré- >onse qui ne serait pas favorable au dessein qu'il avait de faire valoir l'autorité du Saint Siège. Ils crurent qu'après y ivoir pensé sérieusement, il avait jugé qu'il était plus à propos de se ménager et de ne pas blesser le corps des évêques, dont il attendait quelques secours pour le succès de cette affaire principale qu'il traitait alors à la cour. Cette opinion se trouva confirmée par la réponse que Sa Majesté lui fit sur ce point à l'audience qu'elle lui accorda, qui contelait en substance qu'il n'y avait point de royaume dans
ute la chrétienté où les évêques eussent rendu plus l'obéissance au pape sur sa bulle que dans le sien, puisque, lepuis qu'elle avait été publiée, on n'avait ni [parlé] ni krit contre la censure des propositions qu'elle condamnait, ïe qui était très véritable, quoique les Jésuites prétenlissent le contraire.
M. l'archevêque de Sens, qui avait vu M. Le Tellier* deux
mrs auparavant, l'avait tellement éclairci sur l'affaire des teurriers que ce ministre promit de s'employer auprès du
>i et du cardinal Mazarin pour assoupir cette affaire; ce [u'il fît autant que ce prélat pouvait le souhaiter. Il lui )arla ensuite de la querelle qu'on lui faisait sur sa lettre >astorale, et le pria de faire entendre à Sa Majesté que
(1) Michel Le Tellier (1603-168t îeaux.
chancelier de France et garde des
comme c'était une affaire purement ecclésiastique et qui ne regardait nullement la police civile, il le suppliait d'agréer qu'elle ne se traitât que dans les formes de l'Église, par des juges purement ecclésiastiques, qui étaient les évoques de la province assemblés en un concile. M. Le Tellier lui promit aussi d'en parler à Sa Majesté et à M. le cardiual Mazarin, à l'égard duquel ce prélat lui inspira de lui vouloir représenter qu'il ne désirait nullement que cette affaire, qui était purement ecclésiastique, fût traitée par négociation.
C'est une chose assez considérable que dans le temps que M. l'archevêque de Sens se justifiait ainsi à la cour, M. l'archevêque de Rouen, à qui il en avait parlé en présence de quelques autres prélats, lui témoigna être tout à fait surpris de le voir en peine sur sa lettre, particulièrement sur les plaintes de M. le nonce, et Tassura qu'il devait être en repos de ce côté-là; et d'autant plus que M. le nonce l'avait assuré peu de jours auparavant n'avoir reçu aucun ordre du pape de rien dire contre sa lettre et qu'il n'en parlerait point. Cela était très véritable parce que les parents du pape et ceux qui le gouvernaient empêchaient qu'on lui parlât d'affaires difficiles capable de lui causer le moindre chagrin. La nouvelle de cille-ci, qui lui en aurait causé un très grand, était à peine arrivée à Rome et ne pouvait pas encore être assez mûre ni assez digérée pour être présentée à Sa Sainteté. Ainsi M. le nonce ne s'y engageait que selon les impressions que lui en donnaient les partisans de Molina, qui avaient tout crédit auprès de lui.
M. l'archevêque de Sens n'eut pas plus tôtapprisles plaintes générales que M. le nonce avait faites en son audience, et qui retombaient sur lui quoiqu'il ne l'eût pas nommé, qu'il représenta à la plupart de MM. les évêques ses confrères qui étaient alors à Paris l'usurpation que là cour de Rome voulait faire sur l'autorité des évêques, en tâchant de les priver de l'un des plus beaux, des plus anciens, et des plus importants de leurs droits, qui était celui de juger des causes majeures; puisque c'était la seule chose qu'il pouvait trouver à redire à sa lettre, par laquelle il avait pleinement satisfait à la publication de la constitution telle qu'on l'avait 1 désirée de lui. Ils lui promirent tous de s'unir à lui pour la défense de son droit qui était le leur, et pour s'opposer aux usurpations que M. le nonce et la cour romaine en voulaient