‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 227 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

procuration générale et absolue à M. Chaillou, leur doyen, pour agir dans cette affaire au nom de toute leur compagnie comme il le jugerait à propos. Ce n'était pas seulement ^■donner une épée à un furieux ; mais c'était s'engager eux- ^Bnémes à une obéissance aveugle, et subir volontairement ^Kn joug qui ne pouvait être déjà que très honteux et ^H[ui, dans la suite, devait leur devenir insupportable. Car ^Jfeomme ce doyen était dans une entière dépendance des Jésuites, dont la domination n'est jamais douce à l'égard l^»de ceux qui s'assujettissent à eux d'une manière basse et I^Bervile, il n'y avait point d'excès ni d'emportement qu'ils I^Be dussent autoriser par cette députalion. Et quoique la |^fc)njoncture du temps parût favorable pour faire appuyer IHpiar le crédit de ces Pères à la cour de Rome et à celle de France leurs plus injustes prétentions, néanmoins ils devaient considérer qu'ils bâtissaient leurs grands et vastes desseins sur un fondement ruineux, et que ceux qui se servaient d'eux pour avancer les affaires de leur propre cabale n'épargneraient ni leur bourse ni leur réputation pour arriver à la fin qu'ils se proposaient dans cette confédération secrète et tout à fait irrégulière.

Us lui donnèrent pour adjoint dans la sollicitation de cette affaire un chanoine nommé le, sieur Glausse, né dans le diocèse de Trêves, dont on n'a jamais bien pu démêler l'état et l'extraction, qui n'était pas moins jésuite que lui, et qui après avoir été le conQdent de ses intrigues dans la poursuite de cette affaire, s'est défait aussi bien que lui avant sa mort de son bénéfice de Beauvais, après avoir fomenté le feu d'une longue division.

Il arriva pendant cette délibération une chose assez exordinaire à un jeune chanoine de la même église^ parisien naissance, nommé M. Michel Godefroy, qui ayant eu plus feu et d'esprit que de conduite, a joué toutes sortes de rsonnages dans la suite de cette affaire, ayant toujours ercé la patience du chapitre de Beauvais tandis quMl a été ce corps, ce qui est arrivé par deux différentes fois, yant été pourvu d'un canonicat de Beauvais par la résignaon d'un de ses oncles en 1644, il s'était fait considérer endant quelque temps par feu messire Augustfin] Potier, qui n était alors évêque, et lui avait dédié un acte de philoso-

phie en 1645 dans le collège des Grassins. Mais s'étant fort déréglé pendant ses études de théologie, il se fît capitaine des portes cochères dans le temps même qu'il étudiait en Sorbonne. Il avait eu encore quantité d'autres méchantes affaires dont il ne sortit que par la protection qu'il trouvait dans son chapitre, dont il portait hautement les intérêts contre le nouvel évêque. Mais on ne sait comme il arriva, soit par pure bizarrerie et par la légèreté naturelle de son esprit^ soit par un remords de conscience et par l'aversion d'une injustice publique, soit par une profonde dissimulation qui pouvait tendre à quelque dessein ; quoi qu'il en soit, (car il en faut laisser à Dieu le jugement comme à celui qui sonde les cœurs), lorsque l'on proposa cette procuration dans le chapitre où il était, sans que l'on eût le moindre soupçon de sa résistance, il représenta à ses confrères que c'était un attentat qu'ils commettaient contre la dignité épiscopale, et déclara qu'il ne pouvait consentir à une procuration de cette qualité, qui allait à donner un pouvoir absolu à des personnes de sa compagnie de poursuivre une affaire de cette considération contre un évêque dont ils devaient révérer la puissance. Et comme les plus considérables du chapitre le traitèrent indignement et tâchèrent d'étouffer sa voix, il ne laissa pas de soutenir son suffrage avec vigueur, et de s'opposer à leur délibération quand il reconnut qu'ils s'opiniâtraient à passer outre, et de proposer hautement contre cette délibération.

Un procédé si surprenant irrita tellement ces chanoines, qui ne voulaient pointsouffrir d'obstacle à leur conjuration, que voyant dans les assemblées suivantes qu'il n'avait pas changé de sentiment, ils voulurent le faire sortir du chapitre par les épaules et envoyèrent quérir pour cet effet un de leurs sergents pour l'empêcher d'assister à cette délibération, quoiqu'il déclarât pendant toute cette violence qu'il n'avait dit aucun mot pour les intérêts de M. l'évêque de Beauvais, mais seulement pour ceux delà compagnie, et que son honneur et sa conscience l'obligeaient d'agir de la sorte.

Ce fut dans cette occasion que les disciples de saint Augustin, que Ton voulait pousser à bout dans le chapitre de Beauvais, apprirent par son organe une partie de la conspiration qui se formait contre leur évêque et contre tous ceux qui soutenaient sa dignité. Il leur dit qu'il avait vu quelqu e

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