‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 230 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

assemblée générale tenue sur ce sujet, et en l'affichant aux portes de toutes les églises et par tous les carrefours de Louvain. Mais on changea de dessein, parce qu'on jugea que ce serait une chose ridicule de publier tout de nouveau une constitution qui avaitdéjà été publiée quatre fois dans le même lieu. On se contenta d'envoyer encore une fois à Son Altesse le décret de cette publication, et en même temps à l'internonce par des députés, pour voir s'ils n'en

■ seraient pas satisfaits. Mais on croyait que tout ce que prétendaient ce ministre du Saint-Siège et les Jésuites par tant de menaces et de violence était de contraindre l'Université de Louvain de déclarer que les cinq propositions condamnées par la constitution étaient de Jansénius, c'est-à-dire de faire ce que le pape n'avait pas encore fait. Leurs députés n'eurent pas d'autre satisfaction qu'un ordre exprès de publier encore une fois cette bulle en la manière qui leur était prescrite, et ils y obéirent sans résistance.

Cependant les Jésuites, dont l'imagination était féconde en inventions pour décrier la mémoire d'un saint évêque et déshonorer l'épiscopat en sa personne, voulurent montrer en Flandre, par un tableau scandaleux, qu'ils ne cédaient point à leurs confrères de France dans l'art de forger des calomnies. Il y avait dans un village nommé Flobecq, au diocèse de Cambrai, un pasteur nommé Le Maire, fort prévenu des sentiments de Molina, qui pour se signaler par un zèle aveugle et très amer, exposa dans son église un tableau extraordinairement scandaleux.

Saint Ignace y était représenté adorant à genoux la croix du rédempteur de tous les hommes. Du côté droit il y avait deux démons qui forgeaient sur une enclume les œuvres de .^^ Luther, et plus bas encore deux autres démons qui for- ^^■■geaient celles de Calvin. A gauche il y en avait quatre autres qui forgeaient sur une autre enclume le livre de M. l'évêque d'Ypres, et pour marquer la prétendue uniformité de doctrine entre les sentiments de ce prélat très orthodoxe et ceux de ces deux hérésiarques, on avait fait passer des chaînes de ces démons aux quatre autres. Au bas de ce tableau diabolique, étaient écrites ces paroles en français : « Saint Ignace, en 1540, institua Tordre des Jésuites |r^ qui a fait un tel progrès, qu'il a, presque lui seul, terrassé ^■|le choc des Luthériens et des Calvinistes, et dompté la rage

des Jansénistes, hérétiques déclarés par Urbain VIII et Innocent X. » Au-dessous on avait entassé ces mots, les uns sur les autres : Confiance^ Congratulation, Révérence, Amour, A côté, ceux-ci : Affections intérieures, Notre Dame Sauves, et au-dessous ces autres : Gaude, Maria virgo, cunctas hœreses sola interemisti in universo mundo. Et sous ces mots latins, ceux-ci en français : L'église du Nouveau Testament. Ensuite desquels était cette prière : Oremus, dilectissimi, Deum Patrem omnipotentem, ut per beatissimam Mariam gratiœ fontem purget, etc. Chaque diable avait son nom et [ils] s'appelaient au commencement du nom des péchés : Superbia, Odium, etc. Mais depuis on leur fit changer de noms, et furent nommés l'un Prima Propositio, l'autre Secunda Propositio, le 3" Tertia Propositio, etc.

Ce tableau commença à être exposé dans l'église de Flobecq dès la veille de Saint-Luc, et il y était encore au mois de décembre, quand on en apprit la nouvelle par une lettre écrite de Paris. M. Némius/ archevêque de Cambrai, avait dit d'abord : « Deleantur quantocius », et le doyen rural assura qu'il avait ordre de citer le curé à Cambrai. Mais la chose en demeura là par le crédit que les Jésuites avaient sur l'esprit de ce prélat, qui ne pouvait tolérer un si grand scandale sans en charger sa conscience devant le tribunal de ce grand juge qui ne souffre pas que Ton se joue impunément des choses saintes.

Les maréchaux du village de Flobecq avaient un jour pris la résolution de biffer eux-mêmes ce tableau, ne pouvant souffrir que les diables fussent faits tout comme eux en vulcains ; mais ils se contentèrent d'en murmurer et de voir avec indignation le grand concours de personnes que cette nouveauté attirait de toutes parts. Le curé déclara qu'il avait fait faire cette peinture pour montrer au peuple que la bulle qui condamnait Jansénius était une véritable bulle, et non supposée ni subreptice, et que comme le peuple n'était pas capable de comprendre ce que c'était [que] de bulle ni de Jansénius, il leur enseignait par ce tableau à former un jugement assuré de la condamnation de ce livre, et faisait que l'image et la mémoire leur en étaient toujours présentes devant les yeux. Il était impossible d'avoir de preuves plus assurées d'aucun fait que de celui-ci, non seulement par la confession de l'auteur, mais aussi parce que

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