LIVRE X
des disputes du prétendu jansénisme, le préférant en cela à Constantin, qu'il disait n'avoir pu abolir entièrement l'hérésie des Ariens. Il releva fort les mots de nouvelle hérésie employés par la lettre de l'assemblée du Louvre, et de ce qu'ils reconnaissaient que les propositions, à ce qu'il disait, étaient extraites du livre de Jansénius. Enfin, par une modération digne d'un religieux de la société du plus doux de tous les hommes, il en parlait comme de l'entière destruc-^
ion de Babylone, du renversement de la forteresse de la discorde, et disait que si l'on entendait encore quelque bruit, c'était des marques de la grandeur de sa ruine, les derniers sanglots d'une bête féroce qui expirait et qui hurlait avec d'autant plus de véhémence qu'elle venait de recevoir une plaie plus funeste. « Excisa est profecto, excisa funditus illa Babylon; ara illa discordise ; illa domesticœ pacis inimica ; cujus si quasunt tamen audita murmura fragoris, sunt ingentis ruinse testes, singultus extremi sunt morientis belluse, eoque vehementius ululantis, quo funestiore plaga percussa est. » Et le reste était d'une pareille force. Et ce qui est plus étonnant, les Jésuites, qui par la bouche de leur déclamateur parlaient si glorieusement de la paix de l'Église, qu'ils préféraient à celle de tout le royaume, ont encore eu l'insolence de faire réimprimer ces éloges vingtdeux ans après, en mettant au jour un recueil du P. Cossart dont les grands travaux en vers et en prose ont été réduits, après trente ans de vaine réputation, à un petit livret qu'il a fallu encore grossir par des éloges domestiques, ou ridicules ou mendiés, dont la plupart ne sont pas moins envenimés que le corps de son ouvrage.
Les Jésuites se vantèrent aussi d'avoir reçu pendant le même mois d'octobre une lettre du fameux Caramuel',
our se conjouir avec eux des travaux communs qu'ils
valent entrepris contre M. Jansénius.
Le 22 de décembre, M. Hallier eut le déplaisir d'apprendre mort du P. Dinet, jésuite, son cher et ancien ami. Mais
es Pères, ses nouveaux confédérés, lui donnèrent de quoi
e consoler par cet éloge : « Decembris 22. obiit P. Jac. Dinet,
l. Jean Cai'amuel(1606-1682), fut tour à tour prêtre, soldat et ingénieur, il finalement évêque. II composa plus de 250 ouvrages sur toutes sortes de sujets. 11 est souvent question de lui dans les Provinciales. 11 23
jesuita, Ludovic! XIII et XIV confessarius, impiger Jansenii insectator. »
Mais le libelle dont les partisans de Molina voulurent tirer le plus grand avantage pendant cette année fut un ouvrage du sieur Maraudé intitulé : Inconvénients du jansénisme^ adressé à M. Arnauld'. L'auteur avait toujours paru si méprisable aux disciples de saint Augustin qu'ils ne s'étaient jamais mis en peine de lui répondre. Ils virent en cette occasion qu'ils avaient eu raison de faire représenter par leurs amis à M. le cardinal Mazarin, lorsqu'il avait désiré d'eux le silence, que leurs adversaires ne le garderaient pas de leur côté, et les attaqueraient avec d'autant plus de hardiesse qu'ils seraient assurés de la fidélité de leur parole et de leur exactitude à ne pas répondre; car M. Cornet s'enroua à dire de tous côtés que M. Maraudé les avait réduits à ne pouvoir rien répliquer à son livre, tant il était plein de lumière et de force pour les ruiner entièrement. Cela porta M. Brousse à faire un écrit contre cet ouvrage sous le nom du sieur de Sainte-Anne. Mais comme le cardinal Mazarin témoigna que ce greffier de la cour des Aides, qui était l'écrivain à gages des Jésuites, était un adversaire fort méprisable, la réponse de ce docteur fut volontairement supprimée.
On fit à Naples un traité touchant le pouvoir du pape au delà du territoire qui lui appartient, mais il ne fut pas imprimé, et quelques-uns l'ont eu en France écrit à la main.
On soutint à Rome une thèse de théologie dédiée à M. le cardinal Chigi, ou plutôt à saint Augustin, avec l'éloge de ce saint docteur sous son image.
Un prêtre du diocèse du Mans en soutint une de philosophie dans le collège des prêtres de l'Oratoire d'Angers, qui comprenait plusieurs principes et des conclusions très importantes de la doctrine de saint Augustin. Elle fut imprimée en vingt-deux pages.
1. Ce nouvel ouvrage de Maraudé (v. tome 1, p. 590 ; livre VII, ch. 12) est intitulé : Inconveniens d'Estat procedans du Jatfsénisme, avec la réfutation du Mars français de M. Jansenius. Paris, Cramoisy, un vol. in-40 de 430 p. C'est là que se trouvent, p. 381, les prétendus Monita sécréta des Jansénistes. Pascal y fait allusion dans la XV^ Provinciale. Ces Monita furent donnés comme inédits en 1153 par l'évêque de Montpellier, Charancy, et aussi de nos jours par l'éditeur de Rapin.