‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 239 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

voir de l'horreur, ceux qui sont ici, que l'on croit pouvoir mettre la main à la plume, et qui ne sont autres que mon frère et mes deux neveux, ont toujours protesté hautement qu'ils ne voudraient pas avoir fait une lettre de quatre lignes sur ce qui regarde l'Etat, parce qu'autant que des ecclésiastiques et des personnes aussi retirées qu'eux sont obligées de donner leur sang et leur vie, s'il en était besoin, pour la défense des vérités catholiques, ils le sont de ne se point mêler des affaires politiques et de ne s'embarrasser

■^■jamais, sous quelque prétexte que ce soit, dans les intrigues ^P et les cabales. Sur quoi je pense que Votre Éminence, connaissant au point qu'elle fait jusqu'où va mon extrême zèle pour le service du roi, n'aura nulle peine à croire que je ne pourrais me résoudre à passer ma vie avec des personnes qui seraient capables de commettre, je ne dirai pas seulement une aussi grande faute, mais un aussi grand crime que j'estime être celui de manquer à la fidélité qui lui est due. Or, comme j'espère, Monseigneur, que Votre Éminence demeurera très persuadée de tout ce que je viens de lui représenter, et que je ne saurais ne pas croire que nous ne lui ayons déjà de très grandes obligations, puisque nous aurions sans doute ressenti les effets de la mauvaise volonté de nos ennemis si elle n'en avait arrêté le cours par sa modération et par sa justice, j'ose dire qu'elle fera une action digne d'elle en continuant de protéger des personnes si innocentes, et qui peuvent n'être pas inutiles à l'Église si on les laisse en repos contre l'animosité et l'injustice de ceux qui n'emploient pour leur ruine que des faussetés et des impostures, et parce que la seule chose que nous ayons à désirer est que l'on juge de nous, non par les bruits confus de la calomnie, mais par la vérité de ce qui se passe ici.

M. l'archevêque de Paris peut témoigner que je l'ai instamment supplié diverses fois de nous faire l'honneur d'y venir lui-même, et qu'il me l'a promis; et il l'aurait fait si ses maladies ne l'en avaient point empêché. C'est cette même raison. Monseigneur, qui me fait demander à Votre Émi- ^^ nence l'une des plus grandes grâces qu'elle me saurait ja- ^H mais accorder : d'y vouloir envoyer quelqu'un en qui elle ait ^H une entière confiance, lui engageant ma foi et mon honneur ^B que je lui dirai et lui ferai voir toutes choses avec une telle

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être plus particulièrement informée que par nulle autre voie que ce soit. Par ce moyen, Votre Éminence fermera la bouche à ceux qui lui parleront contre nous, et en faisant une action de très grande justice, elle engagera par une très grande faveur plusieurs personnes de piété qui en auront tout le ressentiment imaginable à prier Dieu qu'il répande sur elle ses grâces et ses bénédictions. Mais Votre Éminence pourrait se tenir importunée de la longueur de cette lettre si je n'avais sujet de croire qu'elle m'a accordé l'audience que je lui ai demandée en la commençant, dont je lui rends les très humbles remerciements que je dois, et lui proteste que personne n'est avec plus de respect et de vérité que moi, etc. »

Après cette lettre, dont M. le cardinal Mazarin témoigna être satisfait, il y avait sujet d'espérer que Port-Royal demeurerait en paix et que ses ennemis perdraient toute espérance dans la cour, et particulièrement auprès de Son Éminence. Mais ils ne laissèrent pas de continuer toujours à le persécuter par leurs calomnies, prétendant ou que M. d'Andilly ne disait pas la vérité, ou qu'on lui cachait à lui-même les choses les plus mystérieuses de cette cabale prétendue. Cependant, comme il n'y avait qu'une seule église dans ce monastère, et que les portes en étaient ouvertes aux paysans des environs, ils pouvaient s'en informer par leurs propres yeux, et ils auraient été convaincus qu'il ne se pratiquait rien dans l'administration des sacrements et dans le service divin que ce qui s'observe généralement par toute l'Église catholique. Mais ni M. Hallier, ni M. Joysel son collègue n'y avaient jamais mis le pied, non plus que les Jésuites leurs ennemis, et ils voulaient s'aveugler pour être toujours en état d'inventer de nouveaux mensonges et de publier de nouvelles impostures.

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