LIVRE XI
pastorale de M. Tarchevêque de Sens, ne purent contenir leur joie et la firent éclater aussitôt sans considérer si le temps était favorable pour la publier, et si M. le nonce trouverait à propos de s*en servir dans la conjoncture des affaires fâcheuses où il se trouvait embarrassé. Car ce ministre du pape avait déclaré quelque temps auparavant à un évêque qui l'entretenait sur ce sujet, qu'il s'apercevait bien qu'on tâchait de lui donner le change touchant l'affaire de la constitution et des lettres pastorales, et qu'on voulait se mettre à couvert des poursuites qu'il faisait en faveur de M. le cardinal de Retz pour faire valoir des offices qu'on rendait dans la publication de la bulle ; qu'il prendrait garde à ne pas joindre ensemble la matière des cinq propositions et celle de ce cardinal, qui étaient très différentes et qui n'avaient nul rapport entre elles ; que pour cela, dans les plaintes qu'il avait faites au roi, il s'était abstenu de nommer aucun prélat, et qu'il en userait dans la suite comme il avait commencé, principalement depuis qu'il avait vu la chaleur avec laquelle on parlait de la lettre de M. l'archevêque de Sens. Mais les maximes de M. le nonce et celles des Jésuites ne s'accordaient point en cela; ces Pères croyaient qu'il était avantageux pour leur gloire et pour l'appui de la doctrine de leur Molina défaire savoir promptement cette nouvelle autant qu'il leur serait possible, et ils étaient si bien informés de la teneur de ce bref qu'ils en récitaient même les clauses les plus essentielles.
Sur ce bruit, M. l'archevêque de Sens ayant fait demander à M. le nonce s'il avait reçu des nouvelles de Rome touchant son affaire, il déclara qu'il n'avait rien à dire contre lui et qu'il s'attendait de recevoir quelque chose dans les ordinaires suivants ; qu'on lui mandait seulement de faire des plaintes contre sa lettre ; mais qu'il ne pouvait pas empêcher qu'on ne fît courir des bruits qui n'avaient autre fondement que les plaintes générales qu'il en avait faites.
Cependant cet archevêque apprit d'ailleurs que M. le cardinal Mazarin avait dit qu'il y avait un bref du pape contre sa lettre, et que le roi était résolu de contribuer de son autorité et de son pouvoir pour donner à Sa Sainteté toute la satisfaction qu'il attendait de lui dans cette affaire. M. l'archevêque de Toulouse prit le soin de l'en faire avertir luimôme et l'assura qu'il portait commission à des évoques de
France de faire une information de sa lettre et d'en être les juges. Il le fit prier comme son ami de ne point négliger un avis de cette importance, et de travailler à accommoder cette affaire, dont les suites ne pouvaient être que très désavantageuses pour lui, ajoutant qu'il voulait le servir en tout ce qui lui serait possible. C'étaient de belles paroles et rien de plus ; car M. l'archevêque de Sens savait très bien que les Jésuites étaient sans cesse en conférence avec M. de Marca qui lui faisait cette promesse, et qu'il avait des intérêts qu'il ne pouvait faire cesser qui le portaient à agir contre lui dans la dernière rigueur et dans une conformité tout entière avec les prétentions de la cour de Rome, afin de s'y faire du mérite, qui était la principale chose qu'il recherchait dans le fond et dans toutes les circonstances de cette affaire.
Les Jésuites de leur côté ne se tenaient pas en repos ; ils cabalaient sans cesse chez les évêques qui leur étaient les plus affidés, ettâchaientd'affaiblir ceux qui avaient témoigné de Taffection pour M. de Sens, et de leur faire perdre tout le zèle qu'ils avaient pour leur propre dignité, pour la défense des anciens canons de l'Église, et pour le soutien des libertés de l'Église gallicane. Afin de les engager dans les intérêts de leur compagnie, ils tâchaient de leur faire comprendre qu'ils ne feraient rien contre eux-mêmes en se joignant avec eux contre ce prélat, et qu'il se rendraient agréables à M. le cardinal Mazarin, ce qui valait à l'égard de plusieurs une centaine de raisons.
M. de Sens, se voyant sollicité par quelques-uns de ses confrères de suivre l'avis de M. de Toulouse, qui lui conseillait d'assoupir cette affaire qui lui devait faire craindre toutes choses du côté de la cour, leur répondit qu'ayant fait sa lettre pastorale par un principe de conscience, pour soutenir la dignité des évêques et le pouvoir que J.-G. leur a donné de juger des causes majeures et qui est attaché à leur caractère; qu'il n'avait fait que suivre en cela les intentions de l'assemblée des évêques tenue au Louvre, dont quelques-uns avaient parlé aussi fortement que lui dans leurs avis ; que pour le fond de la doctrine, il ne croyait pas qu'on y pût trouver à redire, puisqu'elle était conforme à ce qui était porté par la constitution et à ce que le pape avait dit à M. l'ambassadeur touchant la doctrine de saint Au-