‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 242 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

^istia et de saint Thomas, et qui ne fût aussi dans le mandement de M. d'Angers auquel on ne faisait pas de querelle, le pape n'y ayant rien trouvé à redire; qu'il conjurait M. le nonce de lui faire remarquer ce que le pape n'approuvait pas dans sa lettre, afin qu'il le corrigeât s'il avait manqué en quelque chose, et qu'il l'expliquât s'il y avait laissé quelque obscurité ; que si on lui refusait celte voie d'honneur et de justice, il chercherait les moyens légitimes qui avaient toujours été en usage dans l'Église pour se délivrer de cette oppression.

Ensuite de toutes ces tentatives, M. le cardinal Mazarin l^^i fit dire, vers le milieu du mois de janvier, qu'il voulait I^Bentretenir avec lui sur cette affaire, et le prélat s'étant I^Rndu à son audience, le premier ministre le tourna en l^nutes les manières dont il était capable pour le faire venir IHl son point, qui était qu'il fit quelque chose qui satisfît le *■' pape et qui l'empêchât de pousser l'exécution de son bref. Mais quelque tour que ce cardinal donnât à ses discours, il ne put donner aucune atteinte à la lettre de M. de Sens et lui faire dire qu'il avait mal fait. Il se défendit toujours vigoureusement sur ce point, et se contenta de déclarer qu'il était prêt d'écrire au pape une lettre dans laquelle, après s'être acquitté de ses respects par des compliments, il lui témoignerait qu'ayant appris le mauvais office qu'on lui avait rendu auprès de Sa Sainteté en lui faisant concevoir des soupçons désavantageux de sa lettre pastorale comme étant contraire à ses intentions, il la supplierait d'avoir la bonté de lui faire marquer par M. le nonce les endroits auxquels elle aurait trouvé à redire, et qu'aussitôt il lui donnerait toute la satisfaction qu'il pourrait désirer d'un archevêque qui le considérait comme le chef visible du Saint Siège qu'il remplissait comme le centre de la dignité épiscopale ; que s'il se trouvait qu'il eût failli en quelque int, il était prêt de le corriger lui-même et de le condamer. Comme ce n'était pas là le tour que ce cardinal voulait nner à l'affaire, il ne put pas s'accorder avec lui et l'engea à en conférer avec M. de Toulouse afin de trouver les oyens les plus propres pour apaiser le pape et empêcher s poursuites de M. le nonce. Ainsi M. de Sens, s'étant séparé de lui sans rien conclure, accepta la conférence qu'il lui proposait avec M. de Toulouse, en le suppliant néanmoins

de croire qu'il n'entrerait jamais en aucune négociation qui pût donner la moindre atteinte à sa lettre.

Sitôt qu'il eut reçu le mémoire que M. de Toulouse avait dressé de toutes les choses auxquelles il était persuadé que le pape pouvait trouver à redire dans sa lettre pastorale, il y répondit sur le champ avec une force merveilleuse, et en détruisit toutes les objections, de sorte que M. de Toulouse étant demeuré sans répartie, il crut avoir suffisamment satisfait à tous les sujets de plaintes que l'on faisait contre lui. Mais il y avait des motifs secrets qui faisaient tout le mal de son affaire et qui empêchaient que l'on ne considérât assez la force de ses réponses pour fermer la bouche à M. le nonce lorsqu'il viendrait à parler de ce bref.

M. de Toulouse, voyant la facilité extrême avec laquelle il avait ruiné ses objections, lui fit entendre qu'après avoir fait réflexion sur leur conférence il était persuadé que pour le tirer entièrement d'affaire il fallait qu'il écrivît au pape une lettre dans laquelle il lui demandât pardon par des paroles équivoques et qui pourraient être prises en divers sens, c'est-à-dire qui pourraient être prises par Sa Sainteté pour une humiliation effective tendant à lui demander pardon, et qui auraient néanmoins un sens tout contraire après la déclaration qu'il lui avait faite de ne lui écrire jamais qu'en général et dans les termes qu'il avait marqués à M. le cardinal Mazarin. Mais M. de Sens refusa d'entrer dans cette ouverture, et protesta qu'il ne se départirait jamais de la déclaration qu'il lui avait faite touchant cette lettre. Et afin qu'il ne prît point ses paroles en un autre sens que celui qu'il leur donnait, il dressa une déclaration dont il donna une copie à un docteur de ses amis le 25 de ce mois.

« L'archevêque de Sens est prêt de déclarer qu'il n'a point eu dessein dans la publication qu'il a faite de la constitution du pape de manquer au respect qui est dû au Saint-Siège et à Notre Saint Père, ni de s*ccarteren aucune sorte des cinq propositions que Sa Sainteté a condamnées, et qu'il est prêt de lui rendre raison de tout ce qu'il a écrit sur ce sujet, et de faire connaître que le sens et les termes en sont catholiques lorsqu'elle lui aura marqué en détail et en particulier les choses que l'on voudrait faire croire être dignes de censure. Et au casque lesensqu'ilmon-

^ples, ne se trouve pas catholique, il est prêt d'en souscrire la condamnation. »

Cette même déclaration avait déjà été faite verbalement à M. le nonce par les amis de ce prélat sur Tavis qu'on lui avait donné qu'il avait pris la résolution de faire des plaintes au roi contre lui au nom du pape, et il y avait jouté qu'en cas de refus de cette justice qu'il lui demandait, il protestait qu'il se pourvoirait au Parlement par un appel comme d'abus. Il fit aussi la même déclaration en ce oint à M. de Toulouse, qui ne manqua pas aussitôt de lui répondre que le roi pouvait empêcher l'effet de cet appel et le suspendre par un arrêt de son conseil, et ainsi embarrasser davantage son affaire et y faire naître de plus grandes difficultés.

Comme cette affaire s'échauffait, tant par les conférences de ces deux prélats qui se publiaient dans le monde, que parles discours et les menaces de M. de Toulouse et les intrigues des Jésuites, et particulièrement par celles de fe M. l'évêque d'Amiens, qui était alors animé contre M. de I Sens, les évêques qui étaient à la suite de la cour prenaient I parti et se déclaraient ou pour ou contre ce prélat persécuté. Il arriva un jour que M. l'archevêque de Rouen s'étant trouvé avec ceux de ses confrères qui s'entretenaient de cette affaire, témoigna par un long discours que les évêques qui avaient écrit au pape pour le rendre juge de ce différend avaient commis en cela une très grande faute, et s'étendit particulièrement sur la conduite de M. de Sens, qui s'étant adressé à Sa Sainteté comme les autres, semblait

Idans la suite n'avoir pas agi d'une manière tout à fait conforme à sa première lettre. Ce qu'il dit sur ce sujet par bccasion se répandit par l'organe des Jésuites, qui publièrent de toutes parts que cet archevêque avait condamné le procédé de M. de Sens comme tout à fait insoutenable. On publia à Rouen qu'il avait eu le dessus à l'égard de M. de Sens, et détaché de sa cause les prélats qui lui étaient affeconnés, et le Père Brière, jésuite, fit beaucoup valoir cette fausse histoire dans une compagnie où il se trouva.

Cependant M. de Toulouse, qui savait combien cette négo-

Iîiation lui serait avantageuse pour obtenir de Rome toutes es grâces qu'il attendait, agissait auprès de M. de Sens par

les personnes qu'il lui envoyait, et tâchait tous les jours de gagner quelque chose sur lui pour en arracher par force quelques paroles ambiguës et enveloppées par lesquelles il le portait à demander pardon au pape. On exhorta aussi les disciples de saint Augustin d'entrer dans le parti des thomistes, et de parler comme Molina sans rien croire de ce qu'ils diraient, mais ils eurent horreur d'un moyen si peu conforme à la sincérité chrétienne. D'autres remirent sur le tapis l'opinion de la grâce suffisante, et ils demeurèrent fermes à dire comme auparavant qu'ils ne condamnaient que celle de Molina, et non pas celle des thomistes, qui ne donnant qu'un simple pouvoir et ayant toujours quelque effet, laissait .l'homme dans la nécessité de ne faire aucune bonne œuvre et de ne vaincre aucune tentation sans la grâce efficace par elle-même. Mais ces ouvertures n'étaient que des propositions en l'air et des souhaits de personnes humainement affectionnées, qui sans entrer tout à fait dans le fond des choses souhaitaient yoir la paix dans l'Église et leurs amis en repos.

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