CHAPITRE IV
La cour se mêle de l'élection d'un professeur royal en Sorbonne, après la mort de M. Duval le jeune. M. Dabes y est nommé.
M. Robert Duval*, neveu de M. André Duval, chef de ceux
que leur trop grande affection pour les intérêts de la cour
de Rome avait fait nommer Duvallistes*, étant mort sur la fin
du mois de novembre, dans la réputation d'un homme de
>ien, équitable et porté au bien et à la paix autant que ses
lumières, qui étaient assez médiocres, pouvaient le lui per-
lettre, la maison de Sorbonne députa incontinent après
^ers M. l'archevêque de Paris, afin de procéder à l'élection
l'un professeur royal dont la place était vacante par cette
lort, parce que cette nomination si importante se devait
faire en présence de ce prélat et par son autorité, ainsi qu'il
létait porté par les termes de la fondation de cette chaire.
[m. l'archevêque leur ayant promis toute sorte d'assistance,
{choisit le 14"* jour de janvier pour fixer le jour auquel se
levait tenir l'assemblée de cette élection : et dans l'inter-
[valle, ceux qui tenaient dans la Faculté pour Molina lui firent
1. Robert Duval avait succédé en 1633 à son oncle André Duval, ùaus chaire de théologie de la Sorbonne.
2. Les Duvallistes, ou ultramontaias, étaient les adversaires des ichéristes, ou gallicans.
entendre que les disciples de saint Augustin faisaient de grandes cabales pour remplir cette place de quelqu'un de leur prétendu parti, afin d'insinuer leurs erreurs à ceux qui fréquentaient les écoles de Sorbonne.
Les personnes équitables n'envisageaient alors que deux docteurs de Sorbonne sur qui on pût jeter les yeux dans la conjoncture qui partageait les esprits à cause des contestations du temps, savoir M. Quéras et M. Dabes, parce que ni l'un ni l'autre ne paraissait engagé ni dans le nombre des disciples de saint Augustin ni dans celui des partisans de Molina, et que par cette considération l'élection qui se ferait de l'un d'eux ne pourrait être traversée par les Jésuites et par les docteurs de leur cabale. Les disciples de saint Augustin, comme plus sincères et moins politiques que les autres, s'adressèrent d'abord de bonne foi à M. Dabes et lui offrirent leurs suffrages s'il voulait accepter une charge de cette importance. 11 s'en excusa sur ses indispositions, qui ne lui permettaient pas de s'engager dans un exercice aussi pénible qu'était celui de la régence, et qu'ayant consumé ses forces dans la profession publique de la philosophie, qu'il avait enseignée si longtemps dans l'Université de Paris, il ne pouvait pas se donner pour cette charge. Non seulement ils le conjurèrent d'accepter les offres qu'ils lui faisaient, mais afin de ne manquer à rien et de lui faire voir qu'ils agissaient de bonne foi, ils lui représentèrent qu'il était le seul sur qui les docteurs de l'un et de l'autre sentiment pussent jeter les yeux et convenir tout d'une voix touchant l'élection dont il s'agissait; que dans la disposition oiiil voyait les esprits de la maison, il savait aussi bien qu'eux que le docteur que les disciples de saint Augustin voudraient nommer à cette chaire par leurs suffrages deviendrait suspect aux autres quelque mérite et quelque capacité qu'il pût avoir; qu'il deviendrait suspect à tout le reste de la maison par cette seule considération qu'ils le nommeraient pour cette charge, quand même il aurait donné d'ailleurs toutes les marques d'indifférence que l'on aurait pu désirer de lui; qu'ils emploieraient les voies de fait pour s'opposer à son élection et la ruineraient en lui suscitant quelque tempête du côté des puissances; qu'ils ne manqueraient pas de l'accuser de jansénisme et de faire valoir cette secte imaginaire comme un véritable corps d'hérésie; qu'ils l'accuseraient d'avoir de