‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 247 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

mauvais desseins contre la religion et contre l'État au lieu que lui, qu'ils sollicitaient d'accepter cet emploi, arrêterait toutes les contestations et maintiendrait toutes choses dans la paix; qui était à leurs avis une circonstance à laquelle il n'était pas possible de ne pas déférer sans se rendre infidèle à Dieu et sans manquer à l'Église dans l'extrémité présente où elle se trouvait; qu'il voyait même déjà les bruits qui se répandaient contre les disciples de saint Augustin^ que l'on accusait de former une étrange cabale pour se rendre maîtres de cette chaire, quoique leur unique vue fût de la faire tomber entre les mains d'un docteur équitable et amateur de la paix.

Mais toutes ces raisons si pressantes n'eurent pas la force de le faire résoudre à accepter cette charge, et il s'en défendit toujours, à M. de Saint-Amour et aux autres qui lui en parlèrent, sur la faiblesse de sa complexion et sur son peu de santé. Il est vrai que parmi les défenseurs de la doctrine de ce saint docteur de la Grâce^ il y en avait quelques-uns qui ne pouvaient convenir avec les autres touchant l'élection de ce docteur, non seulement parce qu'il avait porté autrefois la robe de jésuite, mais aussi parce que sa conduite précédente les empêchait de s'y fier entièrement. Il leur avait paru intéressé en plusieurs rencontres, et ils avaient remarqué qu'ayant pu soutenir la vérité et la justice comme il le pouvait sans se départir de cette indifférence qu'il affectait, il avait fait voir qu'il n'en avait pas l'amour dans le cœur, n'ayant pas gardé toute la modération qu'il devait à l'égard des disciples de saint Augustin. Néanmoins le bien de la paix et le désir de conserver le peu de tranquillité qu'il y avait à espérer dans leur compagnie les fît entrer par condescendance dans les sentiments des autres, et ils se joignirent même à eux pour lui faire des instances sur ce sujet. Ils ne se rebutèrent même pas du refus qu'il leur en fit une ou deux fois, et le pressèrent si vivement qu'il les remercia absolument de leur bonne volonté pour lui, et protesta qu'il avait pris son parti pour vivre en repos tout le reste de ses jours sans entreprendre rien de pénible.

Sa fermeté leur fît croire qu'il agissait de sa part avec autant de sincérité qu'ils agissaient avec lui. Ainsi, prenant ses paroles dans le sens qu'il semblait leur donner, ils ne pensèrent plus qu'à faire réussir l'élection pour M. Quéras, ne

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voyant rien en lui qui pût attirer la colère et l'indignation sur sa personne.

C'était un docteur élevé dès sa jeunesse dans le collège des Grassins, qui avait beaucoup de capacité, si fortement appliqué à l'étude qu'il ne pensait à nulle autre chose, et qui en une infinité d'occasions avait fait paraître qu'il n'était nullement favorable aux disciples de saint Augustin. Il avait d'ailleurs toutes les qualités d'un docteur de Sorbonne ; il était attaché à la maison et travaillait autant que pas un autre à y maintenir cette ancienne simplicité dont les anciens docteurs qui la composaient faisaient une partie de leur gloire. Il était très modéré, et on ne l'avait jamais vu dans aucun emportement. On [voyait] même dans sa conduite une si grande circonspection qu'il appréhendait toujours de manquer. Et quoique M. Dabes passât dans l'esprit de la plupart pour un docteur qui pouvait s'acquitter dignement de cette charge, néanmoins les plus sages et les plus désintéressés l'estimaient beaucoup au-dessous de M. Quéras, et que dans la concurrence de l'un et de l'autre M. Dabes, qui était fort étranger dans la connaissance de l'Écriture et des Pères, lui devait céder sans contredit.

Jusque là, le procédé de M. Dabes leur ayant paru assez honnête, ils ne firent nulle difficulté de lui découvrir leur dessein touchant M. Quéras, et eurent la satisfaction de voir qu'il y entra aussitôt et lui donna beaucoup de louanges, et les assurant qu'ils ne pouvaient mieux faire que d'employer tous leurs soins pour tâcher de faire réussir cette élection en sa personne. Ils le conjurèrent avec plus de force qu'auparavant d'accepter lui-même cet emploi plutôt que de les réduire à s'employer pour tout autre; mais il rejeta tout de nouveau leurs propositions et leur dit absolument qu'il ne voulait en nulle manière en entendre parler.

Sur cela, ils lui remontrèrent pour la dernière fois que ce serait une chose très fâcheuse et pour lui et pour eux, qu'après un renoncement si exprès et si souvent réitéré à cette élection, qui les engageait à disposer de leurs suffrages pour la faire réussir en la personne de M. Quéras, il changeât de résolution dans la suite, et qu'il donnât les mains aux autres qui sans doute voyant qu'ils poursuivaient cette charge pour un autre docteur que lui, s'adresseraient à lui pour le presser de l'accepter et useraient même de violence

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