‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 250 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

sait toujours nouveau. Ils se vantaient de Tavoir envoyé à Rome, où le pape l'avait reçu, disaient-ils, avec un applaudissement merveilleux et y avait trouvé un si grand rapport à l'ouvrage de sa constitution qu'il avait ordonné à un des plus excellents peintres de sa ville de lui en faire un tableau achevé. Cet excès était d'autant plus grand qu'ils voulaient par là que le Saint Père en fût complice et qu'il eût même approuvé les ailes du diable données à un évéque, quoiqu'eux-mêmes ils les eussent corrigées. Car ils ne pouvaient point encore avoir de nouvelles de Rome depuis cette correction ; de sorte que, selon eux, le pape avait fort approuvé Vet Augustin qui n'y était point retranché, c'est-à-dire qu'il ne trouvait point mauvais que M. Jansénius fût représenté demandant aux protestants un refuge pour les œuvres de saint Augustin aussi bien que pour son livre, ce qui était une horrible impiété.

Mais le goût criminel qu'ils avaient trouvé dans ce triomphe si injurieux à l'Église fut bientôt changé en amertume; car l'un des plus pieux et des plus savants hommes de ce siècle * ayant été engagé de suppléer au défaut de ceux qui avaient de l'autorité dans l'Église et qui tenaient les premières charges de la justice, et d'employer une ingénieuse et innocente raillerie pour arrêter un scandale qui sans cela eût été comme irréparable, il employa la poésie, qui était un peinture parlante, et les rendit ridicules par des vers si forts et si pénétrants qu'en peu de temps ils furent réduits à désavouer leur Almanach comme un ouvrage auquel ils n'avaient jamais eu de part.

On vit donc sortir de la presse, le 15" jour de janvier, un petit livre avec cette inscription:» Enluminures du fameux Almanach des Pères Jésuites intitulé : La déroute et la confusion des Jansénistes », et le titre de cet ouvrage était expliqué par cette première enluminure.

Enfln Molina plein de gloire Triomphe avec sa bande noire, etc.

Le reste était de cette force" et avait le même agrément.

1. Isaac Le Maître, ou Le Maître de Sacy, le pieux versificateur des Racines grecques de Lancelot, il fit aussi un poème sur l'Eucharistie.

2. Ou si l'on veut de cette faiblesse; mais on n'était pas difficile alors, c'était le temps de VEnéide travestie de Scarron. Malgré tout, cet éloge est bien hyperbolique.

MEMOIRES DE GODEFROl HERMANT

Le divertissement et le sérieux y était alliés d'une manière pleine d'esprit et d'élégance. La lumière et le feu y brillaient de toutes parts, et l'impiété sacrilège des auteurs de l'Almanach y était représentée avec Thorreur que méritait un si grand excès. Tous ceux qui élaient en réputation d'avoir le goût des bonnes choses avouaient que notre langue n'avait rien de si accompli en ce genre, quoique la structure du poème fût toute extraordinaire et n'eût jamais eu d'exemple. Un très grand nombre de petites histoires des Jésuites, arrivées î\ Paris et dans les provinces, en faisaient les ornements, et leur génie y était si bien dépeint que, sans leur donner d'ailes de diable ni d'oreilles d'âne, ils y faisaient une très méchante figure.

Après que l'auteur y avait représenté leurs prédictions chimériques et leurs fables touchant le dessein qu'ils attribuaient aux disciples de saint Augustin de se vouloir retirer à Genève et ailleurs avec les protestants, il finissait ainsi son poème :

Courage donc roi des sciences, etc. *.

Cet almanach fut enluminé une seconde fois le 18°jour de février par d'importantes additions, et il conservera toujours la grâce de la nouveauté à l'égard de ceux qui ont le goût des bonnes choses.

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